Bleu de minuit

Publié le par Manu

 

 

Je t'écris des mots qui ressemblent à des forêts, de grands arbres que je trace sur le papier. Des arbres teintés de bleu, de pourpre au creux de leur écorce. Je t'écris pour que jamais tu ne m'oublie. Avant la cendre, la verdure de feu.

 

Te souviens-tu de moi, de ce temps passé, à te regarder. Tu dansais pour me plaire et moi, je t'écrivais des mots invisibles sur les murs solitaires. Je te disais toujours à jamais. Tu me disais que tu reviendrais. Tu t'es dispersé loin de moi dans ce ciel étoilé devenu maintenant si sombre. Je me suis perdu à te poursuivre derrière les arbres de minuit.

J'ai passé tant de temps à te chercher. Je n'ai jamais pu t'oublier. J'ai traversé la grande forêt d'arbres bleus pour te retrouver. J'ai franchi la lumière et puis je l'ai oublié. Pourquoi es-tu enchaîné ? Pourquoi ne fuis-tu pas? Je t'emmènerai derrière les étoiles …

J'ai tout oublié, la couleur des étoiles, le son de la pluie, le chemin à emprunter pour te retrouver. Mais jamais tes yeux ne m'ont abandonné.

 

Le vent se hissait brutalement sur les pierres de lave de la grande muraille. Un géant de brume et de roc naquit de derrière la nuit. Les arbres bleus dansaient. Le feu s'éprit des pierres, jaillit l'eau pourpre de la nuit.

L'ultime flèche, celle qui atteint le bruit des ombres. A présent, le géant avait rejoint les ténèbres.

 

Mon chevalier gisait sur la terre brune.

 

Va, va, retourne dans le monde des étoiles. Promets moi l'éternité. De là-haut, les arbres seront à nouveau de la couleur de tes yeux et tes larmes, leur vie.

 

Le chevalier s'était retiré du monde des ombres. Les arbres dansaient doucement au grès du vent, reprenant leurs couleurs primitives.

Il avait rejoint les étoiles qui mènent à l'horizon.

 


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Five o'clock - Mon Amour

Publié le par Manu

 

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Le soleil débordait de dessous les nuages basanés, nuages de lait. Des heures et des heures d'apesanteur, quelque part bien mystérieux, ces rêves qui somnolent, en partance pour l'ailleurs. Des lunes de sable, des lunes vaporeuses, vapeurs d'odes à la nuit. Bientôt la nuit.

Five.

Dilué dans un sillage d'étrangers, dans une lumière tendre, évaporé. D'amour et d'insomnie, d'eau de pluie. Le visage est dévoilé, aux abords, une tasse de thé, tendre et fragile, une note de vanille. Et plus loin là-bas, des cœurs dociles, intimement liés d'idées boisées. La rose poivrée s’enivre, flotte sur son lit de pétales argentés, macérés de nuits infinies, tendrement, d'écorces de fruits confits.

Five.

Le soleil bientôt s'effeuillera de ses dentelles si fragiles, dévoilera l'or des mots, notes boisées. Je fermerais les yeux, tasse de thé, cuir de nuit, cendres de lune, bois de lumière, imperméable à la poussière. Baisers chauds.

Five o'clock.

 

 

Parfum intense d'un amoureux fascinant.

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Choix de poésies

Publié le par Manu

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" Ah, quel grand arbre! Il monte dans le ciel comme une fumée. Il a pourtant d'épaisses branches bleues qui sont comme des bras qui s'ouvrent de toutes parts, on dirait pour étreindre, on ne sait qui, pourtant, dans ce ciel où il n'est personne.

Et quand on s'approche de lui, comme cet enfant maintenant, on voit que ses feuilles sont larges, vernissées, avec des veines d'un rouge cuivré pour se ramifier dans un vert de nulle part dans l'esprit. Un vert comme d'abîme, un abîme où gronderaient des orages.

[...]

La soirée avance, bien que la lumière s'immobilise. Le voyageur de ce pays de prairies et de flaques d'ombre y continue son chemin, il passe devant encore des chênes, encore des ormes ou des érables qui sont en groupes de plus en plus, avec des buissons à leurs pieds désormais, presque des taillis, et de la brousaille. L'orée est proche, il la franchit, il est vite sous le couvert, il s'éloigne sans se retourner dans cette forêt où tout est chemin, où rien ne va nulle part."

 

Extrait de la poésie Les Arbres dans le recueil L'Heure présente, Yves Bonnefoy

 

 

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Publié dans Les mots

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