La confiture douce et amère

Publié le par Manu

 

 

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Une soirée, mon frère et ma sœur ainsi que mes cousins et cousines devaient se réunir pour partir en randonnée. Nous étions une petite dizaine à prendre le chemin vers la forêt qui longe l'hôpital du village. La nuit tomba et la forêt s'éveilla...on entendait quelques bruits par là-bas, des bruissements de feuilles, une chouette et d'autres volatiles qui semblaient nous observer. Je me souviens des rires de mes grands cousins ; ils raisonnaient dans l'immensité de la forêt. J'ai l'impression de toujours les entendre. Nous n'avions qu'une seule lampe torche. Il était impossible de savoir ce qu'il y avait devant nous, à cinq mètres. Je ne connaissais à l'époque pas encore ce petit chemin. Il y a encore aujourd'hui un petit pont très glissant à traverser. Chacun de nous dû le traverser un à un et mes cousins ne pouvaient pas s'empêcher de faire les pitres et de faire tanguer ce pont si fragile. Nous longions la forêt quand notre lampe s'est éteinte. Plus de piles, pas de veine. Le vent commençait à se lever ; je me rapprochais doucement de mon frère et de ma sœur. Les arbres se tortillaient, des ombres s'élevaient. J'avais peur. Je n'étais pas la seule. Au loin, des pas semblaient s'avancer vers nous et des voix raisonnaient, se rapprochaient. Nous commencions à crier «  Qui va là ? Papa, maman, c'est vous ? ». Et les voix nous répondaient en échos«  Ohééééééé ». Puis soudain de la lumière, des silhouettes apparurent. C'était nos parents. Ils étaient inquiets et sont donc parti à notre recherche.

Je me souviens de cette nuit comme si c'était hier. Nous étions tous réunis, nous les jeunes et les moins jeunes. Nous étions unis dans la nuit. Et puis quelques années plus tard, nous étions à nouveau des ombres pour chacun. Des étrangers cherchant la lumière.

 

 

La route, pour revenir vers le Nord. J'avais rendez-vous avec mes souvenirs, mes grands-parents, ma famille. Nous partions tôt avec les parents et arrivions souvent pour l'heure du goûter. Le fameux petit pain au chocolat qui nous avait suivi de la Vendée jusqu'ici. Il fallait passer par de nombreuses routes et autoroutes, des péages vers Angers, Paris avant l'Autoroute du Soleil dit-on ...même si l'on part vers le Nord. Des routes que je voyais passer à vive allure depuis ma fenêtre, les yeux écarquillés, pleins de soleil. Avec mon petit frère, nous jouions aux petits chevaux, au jeu des sept familles, à qui est-ce ...on s’ennuyait aussi mais l'on savait que l'arrivée était toute proche, que bientôt, nous reverrions notre village.

 

 

La route en pointillés. Au bout, une photographie en noir et blanc. Un vieux moulin, un pont de pierre bleue. Des moutons paissent paisiblement autour des vieilles pierres. La rivière inonde les prairies verdoyantes, le soleil semble bas. Le temps s'endort au pied de l'eau qui coule, posément. Le monde est interminable, les pensées sont ineffables. Une musicalité divine en ressort, comme une couleur vive, chatoyante. C'est le temps des souvenirs, c'est le temps d'une certaine douceur de vivre, de l'enfance. Tout n'est pas encore refait, le monde est comme il est, entier. Les visages sont clairs, vivants, lumineux. Ceux de mes grands-parents sont un océan de bonheur. Leur regard est intense, considérable. Il porte toute l'histoire de ce village, là où sont nées mes idées, mes envies.

Plus tard, quand tout était silence et vide, il fallut jeter toute la mélancolie au pied de la chapelle, dans les eaux cristalline de la rivière, au cœur du parc, de la forêt.

 


Publié dans Les mots

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Jimidi 19/06/2012 11:27

Une visite en entraînant une autre, je voulais dire tout le plaisir que j'ai eu à parcourir ton carnet !

Manu 19/06/2012 18:39



Merci Jimidi ;)



Ton chaminou de l'est 15/06/2012 12:55

Que de nostalgie ma chère aimée...

Manu 15/06/2012 17:34



Oui effectivement, c'est l'époque.