Passage Pommeraye, Nantes

Publié le par Manu

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CPA de 1906: Nantes, Passage Pommeraye, Escalier et galerie supérieure

 

 

Création du Passage: les années 1840 à 1843.

 

Lié à la grande bourgeoisie nantaise, Louis Pommeraye va s'associer avec Charles Guillou, restaurateur de la rue Santeuil, pour réaliser un projet ambitieux : ouvrir, au coeur même de Nantes et non loin de son étude notariale, un luxueux passage couvert digne de ces passages parisiens qui connaissent une grande vogue dans la capitale et drainent des capitaux considérables. Les travaux commencent à la fin de 1840. Mais compte tenu des besoins en financement, en 1841 est créée la société en commandite par actions Pommeraye et Cie dont Louis Pommeraye est le gérant. Trente-et-un autres actionnaires permettent aux deux associés d'origine de réunir le capital nécessaire, 500 000 francs.

Louis Grootaërs (père) réalise, au ciseau, la décoration de l'immense verrière. La verrière est divisée en quatre parties égales par d'élégantes arcades ornées de stucs représentant des paradisiers et des lianes enchevêtrées.

Guillaume Grootaërs (fils) et le sculpteur parisien Jean Debay, réalisent dans les écoinçons disponibles entre les fenêtres, une série de huit médaillons représentants des célébrités de la région : le général bonapartiste Pierre Dumoustier, les philosophes Pierre Abélard et Éon Le Royer, les marins Jacques Cassard et du Charles Louis du Couëdic, le préfet et pair de France Louis Rousseau de Saint-Aignan, le capitaine Delaville et le connétable Olivier V de Clisson, ainsi que François Rabelais.

La partie métallique est due à la fonderie Voruz (Nantes).

 

Le 4 juillet 1843, jour de l'inauguration, les Nantais peuvent flâner à l'abri, découvrir les vitrines du Passage Pommeraye. À l'entrée de la galerie haute, dite « de la Poste » se tient Carilès, le violoniste, voisinant avec les crieurs de journaux. L'hôtel des Colonies occupe toute la façade d'entrée. Le va-et-vient des hommes d'affaires, courtiers et agents de change vers la Bourse est incessant. Il croise celui des passants venus peut-être s'approvisionner en friandises dans les chocolateries « Gaillard et Cie » dont la production embaume l'atmosphère. Au niveau de la rue de la Fosse, la galerie de l'Horloge abrite le restaurant de Charles Guilloux, décoré par le peintre Achille Légier. Plusieurs papeteries, des bijoutiers, deux cafés, un marchand de ruban, une épicerie fine, un magasin de curiosités exotiques, des luthiers, un « Grand bazar » figurent parmi les soixante-six magasins de luxe qui occupent le Passage. Comble des merveilles, ce dernier s'illumine à la nuit tombée grâce à un moderne éclairage au gaz, encore rarissime dans les rues.


Le succès du passage ne sera pas celui de son promoteur. Louis Pommeraye connaît une faillite retentissante, sous l'effet conjugé de spéculations financières imprudentes et de la crise économique de 1846-1847

 

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Le passage de nos jours, photo d'Aurélien

 

Un passage - labyrinthe.

 

Dans les années 1960, il est le cadre désigné d'une rumeur alléguant de la disparition de jeunes femmes dans les cabines d'essayage d'un magasin de mode : « Du salon d'essayage, les jeunes femmes étaient entraînées (toujours selon la rumeur de Nantes) dans les caves profondes du passage d'où elles étaient ensuite transférées vers des destinations inconnues. (...) Le passage-labyrinthe avait désormais son Minotaure prélevant son tribut de jeunes victimes sur la population urbaine (...) Des parents inquiets interdirent quelque temps à leurs enfants d'emprunter le passage. Bientôt la rumeur s'éteignit mais arrive encore que des Nantais en parlent avec un reste d'inquiétude dans la voix. Il est piquant de constater comment le passage, dont la construction était considérée par le bourgeois de 1840 comme un moyen de purger le quartier de la prostitution, va devenir un véritable nid à fantasmes pour les générations futures et constituer le support idéal d'un « retour du refoulé ».

 

 

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Photographie prise en 2012.

 

De nos jours.

 

Aujourd'hui ne subsiste aucune des boutiques d'origine. La dernière, l'armurerie Brichet, a fermé ses portes il y a quelques années. Les vieux Nantais gardent le souvenir de la boutique « Hidalgo de Paris » et de ses farces et attrapes, voisine de la librairie Beaufreton qui a approvisionné des générations d'écoliers en livres et fournitures scolaires. Au-dessus des statues, des globes lumineux ont remplacé les becs de gaz. Mais le passage a échappé à toute métamorphose importante. Son aspect figé, qui fut longtemps un handicap, est devenu avec les décennies un atout. Aujourd'hui, on apprécie le traitement obligatoirement uniforme des devantures, la perspective des grands miroirs, les riches décorations qui font du passage « une rue qui aurait traversé le temps et nous serait parvenue intacte, tout droit sortie du XIXe siècle ».

 

 

Le 26 décembre 1976, le passage Pommeraye a été classé monument historique.

 

 

Références: http://www.passagepommeraye.f et Wikipédia

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Ton Chaminou 20/05/2013 13:55

On en apprend des choses sur ce passage, même insoupçonnées...

Manu 20/05/2013 17:37



Et oui, de mon côté, je pensais ce passage plus ancien ...