Une cheminée qui crépite

Publié le par Manu

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Devant la cheminée, en soirée.

 

Cette nuit, je repensais à mon enfance, à mes cousines. Je me souviens que, lorsque j'allais chez mes cousines, je leur demandais souvent si elles pouvaient m'envoyer un signal le soir après le coucher du soleil. La nuit tombée, je me postais sous mon vélux et j'attendais. J'attendais le signal: l'éclat d'une torche que l'une de mes cousine agitait au fond de son terrain. Nos maisons étaient l'une en face de l'autre, à 500m. Mais au fil du temps, les signaux ont disparu, une ferme a été construite sur un terrain voisin. C'était il y a dix ans, j'ai l'impression que c'était hier. Le temps passe tellement vite.

Je suis seule dans la maison de mes parents. Il fait nuit et le feu crépite dans la cheminée. Je suis revenue dans mon village pour profiter de quelques jours, prendre des photos souvenirs, me poser des questions. La maison de mes grands-parents est encore en vente. Elle paraît triste de la façade. J'ai pensé qu'un jour je pourrais peut être la racheter, la retaper. Mais aussitôt, j'ai pensé au fait qu'avec les années, elle avait peut être changé, que l'intérieur avait peut être été retapé par d'autres personnes. Cela me donne des frissons, des regrets aussi. J'aurai voulu avoir dix ans de plus quand ils ont quitté ce monde.

 

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Plus tôt, dans l'après-midi.

 

Mon village a changé. Il n'y a plus de commerces. Plus de bar-tabac, plus de charcuterie, pas de boulangerie. Il ne reste que le marchand de vin que j'ai toujours connu à cette même place, non loin de l'église. A une époque, j'allais au village avec Maman pour chercher des magazines au bar-tabac. Maman m'avait même trouvé une poupée de porcelaine dans cet endroit qui sentait la cigarette et la bière.

Le parc, immense, a lui aussi beaucoup évolué. En période de vacances scolaires je m'y promenais. J'allais souvent ramasser des pommes pour faire de la compote avec Maman. C'était un endroit où il existait une abbaye. Ses vestiges sont sous terre, un chemin a été créé au dessus. Mais je préfère le contourner. Aujourd'hui, plus de moines, rien que des familles qui se baladent, des femmes en talons aiguille qui s'enfoncent dans la boue.

Je marche sur les feuilles qui craquent sous mes pas. J'ai pris un chemin que je dois être la seule à emprunter. J'aperçoie des silhouettes qui se reflètent sur le bassin; personne ne me voit, mais je vois tout le monde. Quand j'étais enfant, je sautait sur les feuilles mortes, j'adorais le bruit de leur craquelure sous les pieds. Mais les écureuils n'aiment pas le bruit alors ils se cachent... je n'en verrais pas pendant cette promenade.

Le soleil est orange. Il va bientôt faire nuit mais je voudrais que cette journée s'éternise. Je suis heureuse d'être là, de revenir de temps à autre dans ce village. Comme tout est beau et paisible à cette heure-ci. Mais il faut rentrer, le temps s'échappe en une brume épaisse.

 

 

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La fête des morts.

 

Les fleurs poussent sur les tombes. Des couleurs criardes parsèment le cimetière de mon village. Des fleurs en tissus pour qu'elles ne fanent pas trop vite, qu'elles ne disparaissent pas avant notre prochaine visite. Il y a des plaques funéraires au fond du cimetière. Juste un nom et deux dates. Ma mère dit qu'ils ont choisi de prendre moins de place. Alors, tout doit se résumer à cela, la place que l'on peut prendre, même après la mort.

Au delà de mon village, tout est gris. Je n'ai pas le souvenir que tout me paraissait fade quand j'habitais ici. Quelque chose a changé, ou je n'ai jamais fais attention … Et comment cela sera t-il dans vingt, trente ans? Est-ce qu'un jour je reviendrais ici avec mes enfants et me diront -ils «  C'est moche! »?

J'ai peur de l'avenir parce qu'il est incertain. Mon regard se perd sur une pierre taillée. La pierre aux deux soldats tombés pendant la première guerre, pour la France. La France, c'était leur avenir, aujourd'hui la France, qu'est ce que c'est ? Je pense à ceux qui se sont battus pour notre liberté, nos valeurs et je me demande où tout cela nous mènera et si on en a réellement conscience.

 

 

 

 

 

Musique: Santigold, Disparate Youth, on est pas du même coin toutes les deux, n'empêche que çà fait voyager quand même!

 

 

 


 


Publié dans We are free

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Ton Chaminou fantôme 03/11/2012 19:15

Quelle nostalgie ! Quel article émouvant ! En résumer, un beau texte, plein d'une certaine humanité...

Manu 03/11/2012 20:09



Vraiment ? Merci en tout cas :)



Nais' 03/11/2012 14:05

De rien voyons ! Oui, tu as bien raison, le mieux est de ne pas voir les changements quand ils sont si radicaux... Mais si cette visite t'a fait du bien, tant mieux :)

Nais' 03/11/2012 11:39

Bonjour Manu ! Sympa ce retour en arrière, bien qu'un peu décevant pour toi peut-être ? Toute ta réflexion est bonne, c'est vrai : à quoi ressemblera l'avenir de la France ?...
Bises, bon week-end !

Manu 03/11/2012 12:41



Bonjour Naïs', merci pour ton commentaire. Oui et non, disons que le temps était maussade donc je pensais à des choses un peu tristes mais sinon d'un point de vue personnel, je trouve que
beaucoup de choses ont changés là bas et je crois que c'est partout ailleurs. Il ne faudrait pas grandir pour voir tout çà, tous ces changements.