Waris Dirie, fleur du désert

Publié le par Manu

 

Je viens de terminer la lecture du livre de Waris Dirie et de Cathleen Miller, Fleur du Désert. Ce livre relate la vie de Waris Dirie, née dans le désert somalien et qui est devenue en quelques années un top model. Ce n'est pas seulement un livre sur la vie de cette personne, mais surtout sur le mal qu'on lui a fait et que l'on fait encore à des millions de petites filles aujourd'hui: l'excision ou la mutilation génitale de la femme. Waris Dirie raconte son enfance, sa vie dans le désert avec sa famille, ses nombreux frères et sœurs, ses chèvres. Étant jeune, elle ne comprenait pas pourquoi sa soeur aînée avait bien pu partir de la famille. Elle ne comprenait pas ce qui l'attendait.


A son excision, tout est devenu plus clair. Il fallait alors fuir ou se marier à un homme beaucoup plus âgé, ou encore mourir. Waris Dirie évoque à de nombreuses reprises le fait qu'elle ne soit pas arrivée  au monde pour rien. Un lion a manqué de la dévorer et à partir de là, elle sait qu'une autre vie l'attend. Cette autre vie, elle va d'abord la trouver à Londres, chez un oncle qui va l'embaucher comme domestique. Puis l'errance avant de faire de belles rencontres et ensuite de devenir le mannequin que l'on connaît.


Ce livre, je l'ai dévoré et haït. Je connaissais les mutilations faites aux jeunes filles en Afrique, mais je ne savais rien d'autre, pas de détails, pas de chiffres, je ne connaissais personne qui en parlait et qui l'avait vécu. C'est un récit humaniste qui trouble d'abord par la naïveté de l'enfant et qui ensuite révolte tant la mutilation du corps et de l'esprit de Waris Dirie s'en ressent. Il n'y a pas de mots pour décrire ce livre, juste l'impuissance face à ces douleurs. C'est un cri du cœur de son auteur. C'est l'injustice faite aux enfants qui ne comprennent pas plus que ces "tueuses" et "tueurs" qui les mutilent.



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Il faut vous expliquer, si vous ne connaissez pas encore le sujet, ce qu'est l'excision: il s'agit de l'ablation du clitoris (le "moins grave" paraît-il) ou encore l'infibulation, ce qui a été le cas pour Waris Dirie. C'est l'ablation du clitoris, des petites lèvres et des grandes lèvres à l'entrée du vagin. Tout cela est alors cousue de manière à ce qu'il ne reste plus qu'une toute petite ouverture. Ces mutilations sont pratiquées bien souvent par des femmes du village qui n'utilisent pas d’anesthésie. Elles utilisent donc ce qu'elles trouvent sous la main: lame de rasoir, verre cassé, couteaux, ciseaux, pierre coupantes et dans certaines régions, nous indique Waris Dirie, leurs propres dents. Les dommages causés à cette ablation sont souvent lourd: infections, cicatrices, hépatite B, séropositivité. Et puis à long terme, les infections chroniques, urinaires et autres qui provoquent parfois la stérilité, les kystes et les abcès, des menstruations difficiles. Une reconstruction du clitoris après cette mutilation est possible. Waris Dirie explique dans son récit qu'elle a pu bénéficier de soins auprès de professionnels en Grande-Bretagne. Malgré cette "reconstruction", les séquelles sont et seront toujours présentes. 

 

Ces pratiques sans assez anciennes et sont courantes en Afrique Subsaharienne et dans quelques régions du Proche Orient, de l'Indonésie et de la Malaisie." On considère qu’environ 100 à 140 millions de femmes ont subi une excision (principalement en Afrique). Environ 2 millions de fillettes sont susceptibles de subir une telle mutilation tous les ans. Selon une étude de l'INED, 50 000 femmes ont subi des mutilations sexuelles et vivent actuellement en France." (sources Wikipédia). Au Cameroun, il y aurait 96% de fillettes excisées dans le pays.

Ces pratiques étant traditionnelles, elles sont reconnues dans ces pays pratiquants comme des rites de passage et de reconnaissance de la petite fille dans la société. Des personnes croient que le Coran l'exige mais il n'en est rien. Pour eux, il faut mutiler les femmes pour plaire à Dieu, mais aussi pour la préservation de la virginité, l'amélioration du plaisir sexuel masculin (rétrécissement du vagin), interdiction de l'accès à l'orgasme, raisons hygiéniques, esthétiques...Pour les hommes, une femme non excisée n'est pas une femme à marier. Elle est bien souvent reniée par les membres de sa famille, de son village.

 

Pour lutter contre ces inégalités et atrocités faites aux femmes, des campagnes d'informations sont nécessaire ainsi que l'éducation. De nombreuses organisations se manifestent depuis des années pour faire cesser ces mutilations. Mais comment retirer ce rituel religieux à ses pratiquants ? Comment expliquer à des millions de personnes que se qu'elles font peut provoquer d'irréductibles séquelles à leurs filles? Certains pays du Tiers Monde ne mettent même pas en œuvre les mesures prises pour supprimer ces rites. En Somalie, le pays de Waris Dirie, ces pratiques ont été rendues illégales en 1999; pourtant, encore aujourd'hui, il n'existe aucun cas de mise en application de cette loi. De nombreux traités ont été votés en faveur de la lutte contre l'excision comme la convention internationale sur les droits des enfants.

 

 

Waris Dirie est ambassadrice de l'ONU contre les mutilations génitales féminines et membre du conseil d’administration de la Fondation pour la dignité et les droits des femmes. 

 

Fondation Waris Dirie

 

 

Publié dans Entre les lignes

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Ton chaminou 02/06/2012 12:13

Bel article. Je ne sais que dire, si ce n'est que c'est triste et horrible pour ces jeunes filles... :(

Manu 02/06/2012 12:16



Merci. Oui, mais je pense qu'on est loin du compte et que çà continuera tant que les moeurs ne changeront pas.