L'éléphant

Publié le par Manu

Laurent Baheux - Under The Clouds I

Un dimanche, le cirque avait pris toute la place. Les camions, le grand chapiteau, les cages des animaux, si paisibles à l'approche de leur entrée en scène. Nous nous sommes arrêtés pour voir les tigres, coincés entre deux grilles, leur maison de toute une vie. Le mâle tournait sur lui même, dans sa petite cage, regardait de temps à autre sa femelle, à part. Celle-ci se retourna vers nous, posa son regard doux sur nos simples silhouettes, puis nous ignora.

Leur vie repose sur le bitume gris des grandes villes et la paille que l'on donne aux lapins. Leur vie, c'est le cirque, à toute heure, tout le temps. Les hommes ont des grands camions, immenses et puissants, des camions – salle de repas même avec de grandes vitres comme une véranda où ils peuvent apercevoir le paysage ; les animaux eux ne voient que les pneus des engins, les promeneurs curieux, comme nous.

Non loin des tigres, l'éléphant. La bête se balançait sur elle-même. Elle était là, au milieu des camions, sur quelques bouts de paille et se balançait, comme nous nous balançons lorsque nous sommes ivres. Ivre de douleur, je l'étais et je le reste devant cet être, esclave des hommes. Son regard aussi était vide, comme celui des tigres, comme celui de tous ces animaux sauvages qui vivent encerclés dans des parcs miniatures où l'on ne laisserait même pas vivre notre chien.

Je me demande d'où ils viennent, s'ils sont nés en captivité ou ont été arraché à leurs mères, s'ils connaissent les terres arides, les territoires sauvages d'un ailleurs imaginaire ou hostiles aux hommes ; je me demande en vain ce qu'il advient de ces animaux de cirque une fois la nuit tombée. Rêvent t-ils d'une autre vie, de leurs congénères ? Derrière leurs cellules d'acier, sous le regard des hommes qui s'enrichissent, de l'homme qui les a drogué.

Cet éléphant me rappelle soudainement que la captivité des animaux sauvages est bien réelle et le restera sans doute, si les gens continuent à aller au cirque, si on ignore ce qu'il y a derrière le grand chapiteau.

L'éléphant, les tigres, l'ours blanc qui nageait dans les eaux turquoises d'un zoo de l'Est, et tous les autres, ne sont pas et ne doivent pas être des bêtes de foire, ni vivre dans des enclos misérables. Ces animaux sauvages, qu'il faut préserver, n'ont rien a faire sur le bitume et sous le ciel gris d'Angers.

 

Photo: Laurent Baheux - Under The Clouds I

Publié dans Et pendant ce temps...

Partager cet article

Repost 0

We must Get Home - Poem

Publié le par Manu

James Dean lisant James Whitcomb Riley

 

We must get home! How could we stray like this?
So far from home, we know not where it is,
Only in some fair, apple-blossomy place
Of children's faces--and the mother's face
We dimly dream it, till the vision clears
Even in the eyes of fancy, glad with tears.

We must get home--for we have been away
So long, it seems forever and a day!
And O so very homesick we have grown,
The laughter of the world is like a moan
In our tired hearing, and its song as vain,
We must get home--we must get home again!

We must get home! With heart and soul we yearn
To find the long-lost pathway, and return!...
The child's shout lifted from the questing band
Of old folk, faring weary, hand in hand,
But faces brightening, as if clouds at last
Were showering sunshine on us as we passed.

We must get home: It hurts so staying here,
Where fond hearts must be wept out tear by tear,
And where to wear wet lashes means, at best,
When most our lack, the least our hope of rest
When most our need of joy, the more our pain
We must get home--we must get home again!

We must get home--home to the simple things
The morning-glories twirling up the strings
And bugling color, as they blared in blue-
And-white o'er garden-gates we scampered through;
The long grape-arbor, with its under-shade
Blue as the green and purple overlaid.

We must get home: All is so quiet there:
The touch of loving hands on brow and hair
Dim rooms, wherein the sunshine is made mild
The lost love of the mother and the child
Restored in restful lullabies of rain,
We must get home--we must get home again!

The rows of sweetcorn and the China beans
Beyond the lettuce-beds where, towering, leans
The giant sunflower in barbaric pride
Guarding the barn-door and the lane outside;
The honeysuckles, midst the hollyhocks,
That clamber almost to the martin-box.

We must get home, where, as we nod and drowse,
Time humors us and tiptoes through the house,
And loves us best when sleeping baby-wise,
With dreams--not tear-drops--brimming our clenched eyes,
Pure dreams that know nor taint nor earthly stain
We must get home--we must get home again!

We must get home! The willow-whistle's call
Trills crisp and liquid as the waterfall
Mocking the trillers in the cherry-trees
And making discord of such rhymes as these,
That know nor lilt nor cadence but the birds
First warbled--then all poets afterwards.

We must get home; and, unremembering there
All gain of all ambition otherwhere,
Rest--from the feverish victory, and the crown
Of conquest whose waste glory weighs us down.
Fame's fairest gifts we toss back with disdain
We must get home--we must get home again!

We must get home again--we must--we must!
(Our rainy faces pelted in the dust)
Creep back from the vain quest through endless strife
To find not anywhere in all of life
A happier happiness than blest us then ...
We must get home--we must get home again!

Publié dans Lire, We are free

Partager cet article

Repost 0

Les lettres oubliées et fleurs fânées

Publié le par Manu

Rosée matinale - Avesnois

 

Trois jours avant notre déménagement, j'ai écrit ceci dans un carnet noir, deux fleurs séchées.

"C'était tout à l'heure. Je sautais à pieds joints dans mes hautes bottes, sur la pelouse fraîchement tondue du jardin. Je voulais en garder un souvenir, le même qu'il y a des années ou la végétation n'envahissait que très peu ce beau paysage, végétal. Mon monde végétal. Celui où je me suis vu grandir, explorer les horizons lointains ou non, dégringolant la pente enneigée avec mon petit-frère dans sa brouette. La maison familiale, celle où l'on se retrouve ou pas, où l'on se perd à explorer le blockhaus comme suspendu par le lierre, les grands arbres et les fougères, les ronces et orties qui prolifèrent. Combien de fois n'ai-je pas pensé m'en séparer, couper le lien avec la civilisation végétale? Et combien de fois y suis-je revenue, inlassablement, hâtivement, en souhaitant m'y perdre à jamais, y construire ici un havre de paix. Peut-être d'une douleur soudaine j'en oublierai la clarté du soleil posé paisiblement sur la verdure, le parfum embaumant du matin, les fleurs roses qui tapissent le sol, la terre, le bitume bientôt. Il me faudra sans doute des années pour me souvenir de ces moments passés, oublier la maison, jusqu'à la verdure qui la recouvrira dans mes songes. Je rêverai alors du banc blanc, face aux framboisiers dont les fruits sont encore si petits, à l'ombre des ombrelles verdoyantes des lierres qui courent, courent toujours. Et les pigeons faire leur ronde habituelle, agrandissant leurs cercles de jour en jour de leurs ailes blanchies par le soleil de l'après-midi. Les oiseaux de paix, intérieurs du rêve qui n'a pas d'âge, qui ne court qu'après le lieu. Et je verrai sans doute ces stalactites pointant leurs gouttelettes sur le béton armé d'un blockhaus abandonné. Elles forment des cornes de licornes, elles se créent et se recréent à l'infini, dès que je leur tourne le dos. J'en oublierai presque les éclats de la guerre dans la pierre, indestructible.

Hier, je rêvassais sur l'herbe. Quelques gouttes de rosée sublimaient la verdure, formant de petites loupes sur chaque brin d'herbe. On pouvait y deviner la longueur de leur tige, la profusion d'alvéoles, leur âge. Indéfinissable. Peut-être infini si l'on part de leurs racines. Les centaines de milliers de racines cachées dans la pénombre de cette argile. Et tout là-bas en bas, la maison de briques rouges s'efface derrière les plus grands feuillages. "

Fleurs Jardin Angers

 

Publié dans Souvenirs, Les mots

Partager cet article

Repost 0

Soleils

Publié le par Manu

Grèce, Corinthe

Un matin, je me suis noyée sur les bords d'une mer salée.

Le dos courbé aux vagues, je me laissais flotter. J'avais emprisonné en mes mains le souffle du vent des sables chauds, des paillettes couleur d'argent. Je les laissais s'envoler vers d'antiques vallées, là où les Dieux vivent à jamais.

Je rêvais, je nageais dans les eaux limpides, face au ciel, aux soleils.

 

Souvenirs de Grèce, 2014

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>