Congo

Publié le par Manu

Alain Mabanckou

Le Printemps des Poètes bat son plein et c'est le moment idéal pour découvrir ou redécouvrir les écrits de quelques auteurs. J'ai aujourd'hui choisis Congo d'Alain Mabanckou.

Dans son recueil, Alain Mabanckou évoque son pays, le Congo, paradis perdu de son enfance, à travers les voix de ses ancêtres, les voix des gens du pays, mais des arbres aussi. Il y a cette osmose entre le réel et l'irréel, le sacré, les rituels, les mystères des voix qui entourent les poèmes de l'auteur. Les mystères de la terre demeurent et renaissent, visage après visage, écorce après écorce.

«  Un homme ne meurt pas, il renaît dans un autre lieu. » mots magiques, silhouettes invisibles et « voix [qui] déchirent le silence. ».

Alain Mabanckou interroge le passé de son pays, mais aussi son avenir. «  […] il faut prendre le temps de peser sa détermination […] », car les routes sont parfois sinueuses, les distances immenses. Et que faire des souvenirs, des vieilles maisons vides, où les paroles ne sont plus que des échos aux papiers décrépis ?

Congo Alain Mabanckou

Ce recueil est beau, humble et indissociable, comme ce passage :

« Notre Destin est un entrelacement de végétation,

avec parfois des épines que nous contournons...

Au-delà, il y a peut-être le bonheur qui nous attend. »

 

Alain Mabanckou est poète et romancier. Né au Congo-Brazzaville, il vit aujourd'hui à Los Angeles où il enseigne la littérature francophone. Il est également l'auteur de Verre Cassé et de Petit Piment.

 

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Les Aventurières

Publié le par Manu

Les Aventurières

Nous sommes en 2017 et les femmes dites 'aventurières', ces Indiana Jones au féminin semblent d'une autre ère. Où peut être bien que non ?

Un livre a attisé mon regard dans le rayon d'une librairie il y a peu : Elles ont conquis le monde, de Alexandra Lapierre et Christel Mouchard, sous-titré « Les Grandes Aventurières 1850-1950 ». Le livre comportait cette incroyable photographie monochrome d'Osa Johnson sur un zèbre, image même que l'on se fait d'une aventurière du début du XXème siècle ?

J'ai voulu en savoir un peu plus sur ces femmes qui ont conquis le monde, ces femmes si mystérieuses, captivantes et dont les récits dépassent largement les frontières.

Alexandra David-Neel

L'aventure, c'est la curiosité du monde, la quête de vérité et la désobéissance, écrivent les auteures féminines de ce livre. Désobéir aux codes de la fin du XIXème jusqu'au XXème siècle ( et encore aujourd'hui, non?) qui veux que les femmes soient de bonnes épouses, aient des enfants etc … Pourtant, certaines femmes souhaitent se distinguer, s'émanciper. Elles sont botanistes, ethnologues, géographes … elles sont surtout en mesure de démontrer à tout à chacun ce qu'une femme peut réussir à faire, à vivre, à aller de l'avant et découvrir, comme les hommes, ce que le monde a à nous offrir. Ce sont des femmes qui, lassées de leurs corsets, rêvent et désirent découvrir le monde. Alors elles partent, elles entraînent parfois leur amour dans leurs aventures, vers d'autres horizons que personne ne connaît encore, vers d'hostiles territoires.

En exemple, l'aventurière hollandaise Alexandrine Tinne ( 1835 – 1869 ), dont l'histoire m'a profondément inspiré dans ce livre ( et qui a également inspiré les auteures puisque ce passage est plus long que pour d'autres aventurières).

Alexandrine Tinne

Alexandrine Tinne est née dans une noble famille, elle a une fortune immense et porte le corset lors de ses expéditions. Fidèle à son ombrelle, elle va se lancer dans un voyage aux sources du Nil, celui-ci sera un échec. Pourtant, cette femme courageuse, traversant de nombreuses épreuves comme la perte de ses proches lors d'un voyage, continuera son chemin, accrochée plus que tout à ses désirs, sa rage de fuir la tranquillité d'une vie royale. Alexandrine repart en Afrique, vers Tripoli, au-delà des terres Touaregs, des déserts de sable avec toute son expédition. C'est dans ces déserts hostiles qu'elle perdra la vie, elle, la Sultane Blonde dont la fin tragique est digne d'un grand roman d'aventure.

Au-delà du récit, de l'image que l'on peut se faire d'une grande aventurière comme Alexandrine Tinne, il y a cette soif de Liberté qu'ont eu les femmes depuis toujours, cette soif de l'ailleurs qui guide parfois la vie, les mènent vers un besoin existentiel de savoirs, de connaissances et d'émancipation. Si ces femmes avant 1850 partaient pour des contrées sauvages, c'était non plus pour fuir leur famille, leur mari, mais aussi pour s'inscrire dans le temps, marquer de leurs pas sur le sable la trace de leur passage.

Et aujourd'hui ?

Aujourd'hui les femmes continuent leurs périples, peut être pas à dos de zèbre, mais par d'autres moyens plus modernes. Elles continuent et marchent sur les pas de leurs ancêtres, les grandes aventurières, pour d'autres besoins existentiels, d'autres luttes maintenant et à venir. Parce qu'il y aura toujours des choses à découvrir, à faire, à désirer, à aimer...

 

A lire également: Une expo sur l'exploratrice Alexandra David-Néel

Livre, Elles ont conquis le monde, publié chez Arthaud Poche

Publié dans We are free, Voyages

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Yves Bonnefoy et Alexandre Hollan

Publié le par Manu

Yves Bonnefoy et Alexandre Hollan

«  Le pays découvert était de pierres grises. » Yves Bonnefoy

Dans un recoin poussiéreux, sous d'amples poutres alignées dans le néant, l'étagère se plaît à extraire les beaux livres oubliés. Ils sentent la vieille pierre humide et grise, la vieille maison. J'ai posé le doigt sur l'un de ces livres …

Mon stylo exhibe de beaux reflets, incandescents, sous la lumière de ma lampe.

J'ai posé la paume de mes mains sur le livre choisi par le professeur de lettres. Cela parlait de courbes. J'avais peur qu'il n'y ait des mathématiques, de l'algèbre fantaisiste. J'y ai découvert de la prose, volubile et étrangement familière.

Autres ombres projetées.

Trois mots avant le casque ailé, trois mots réunissant la thématique de l'auteur. J'avais dans les mains l'un des plus beaux exemplaires d'Yves Bonnefoy.

Miroitement. Deux ombres s'évaporent.

Les mots s'élançaient, devenaient plus limpides encore que l'eau. Je voguais sur Les Planches Courbes d'Yves Bonnefoy. J'étais curieuse, je m'interrogeais sur la répartition des sons, du vocabulaire exposé, des souvenirs énumérés. Comme la lecture était belle !

Les yeux dans les yeux, ombres grandissantes.

Les pierres grises de ce pays renferment de magnifiques lettres, ornées de poésie, d'eau de pluie. Des mots d'hier où régneront demain de grands déserts.

Bleu comme la nuit et nuit comme le jour.

La beauté de l'écriture d'Yves Bonnefoy réside dans son espace temps, dans ses interlignes. Il y a, entre ses mots, des images invisibles et imparfaites. Des souvenirs qui s'échappent de l'encre noire, du bleu de l'eau. La barque, la maison, les murs coulent comme les mots, dans l'océan.

Mots infinis.

Je chéris ce livre, ses mots. Je chéris la lumière passant au travers de l'épais papier jaunis par le temps, l'hier.

Yves Bonnefoy s'en est allé rejoindre l'autre rive sur sa barque. Sa poésie, libre et éternelle, où demeurera le bruit de l'infini.

 

- Ce texte, hommage tardif à Yves Bonnefoy, a été écrit avant mon passage à la bibliothèque de Nîmes où j'ai découvert un livre surprenant sur le peintre Alexandre Hollan. -

 

Hollan - Chêne gouache sur papier

Alexandre Hollan est né à Budapest en 1933. Il vit en France depuis 1956 et partage son temps entre les garrigues du Languedoc et ses ateliers de Paris et Ivry.

Il interroge le mystère du regard et de la couleur à travers deux grands thèmes: les arbres et les “vies silencieuses”.
Yves Bonnefoy lui a consacré plusieurs textes, 
L’arbre au-delà des images, éditions William Blake & Cie et une monographie, La journée d’Alexandre Hollan, éditions Le temps qu’il fait.  C'est ce dernier ouvrage que j'ai pu découvrir à la bibliothèque de Nîmes. J'ai dès lors compris l'omniprésence de la nature, des arbres en particulier, dans la poésie de Bonnefoy.

Le poète écrit sur les figures des arbres, le visible, la lumière. Il dépeint expressément la force, l'hésitation dans la peinture d'Alexandre Hollan, les différents procédés utilisés, ce mystère des « lavis », lignes naissantes qui se touchent, décrivent une masse sombre, une tâche qui devient arbre.

Calligraphies - Hollan

« On y entend le silence » dit Hollan, «  Lentement la lumière se confond avec les formes », à propos de la lumière du soir que le peintre distille, décante sur la toile immaculée. La lumière de la nuit qui a filtré, les couleurs comme décantés, l'alchimie, la lumière visible devient invisible, les ombres sont les âmes du monde. « Les formes, les ombres, deviennent des frémissements, des rumeurs, les vibrations du silence, la vraie lumière, l'invisible. » écrivait Yves Bonnefoy.

Lorsque l'on parcourt ce livre, on ne peut que mieux comprendre l'écriture d'Yves Bonnefoy et apprendre de la peinture d'Alexandre Hollan. Yves Bonnefoy semblait passionné par ces choses indessinables que dessine encore aujourd'hui Hollan, ces choses que le poète écrivait, le détachement des choses, l'éternel présent peut être.

Fascinants sont ces écrits que l'on découvre au hasard d'une étagère, d'une peinture. Comme si l'on devinait une nouvelle écriture, un nouvel alphabet, celui des arbres, du silence de l'invisible.

Publié dans Poésie du dedans, Les mots, Art

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Paysages du Sud

Publié le par Manu

Le Grau du Roi

Le Grau du Roi

Partir, prendre le temps et partir. Voilà ce que nous voulions mon amoureux et moi, pour se retrouver, s'arrêter un peu, vivre différemment nos vacances.

La mer

Dans le train qui devait nous mener à Nîmes, quelque part après Paris, au loin s'étiraient monts et vallées, alignés, toutes pointes vers le ciel ; le paysage défilait, le train nous menait encore plus loin que cela. Encore plus loin vers les flamands roses que je m'imaginais, déjà colorés si vivement dans ma chambre, jolies ombres sous leurs ailes dépliées, rose teinté d'un bout à l'autre de la mer salée. Et je les vois encore, dans un coin de mon hémisphère ouest, bien attachés à mes carnets de notes, ils demeurent légers et flamboyants, ces flamants. Nous avons pris le train, beaucoup, jusqu'au dernier arrêt, le Grau du Roi, là où les mouettes virevoltent à s'épuiser entre les bateaux qui rentrent au port. Attendant que la lumière de 17h éclipse les ombres, défragmente les vagues fortes, nous avons marché, nous nous sommes embrassés. C'était déjà l'heure qui tournoyait dans le ciel, le soleil replongeait de l'autre côté du rivage, loin déjà de nous, c'était doux.

Musée Fabre - Montpellier

Au lendemain, la mer n'était pas si loin, à quelques kilomètres peut être et c'était comme du jamais vu dans une ville déjà arpenté. Montpellier. Elle était différente, de ses couleurs, chaudes parfois et crues à la fois, les rues désertes et les allées ribambelle de promeneurs. Dans un musée sombre et bien gardé, telle une forteresse, impasse et torturée, des tableaux que l'on peut se vanter d'avoir vu, des Corot, Doré ou même ce Laugé où je ne vois que le violet, couleur préférée. Ce chemin qui écume le temps, les arbres fleurissants et les oiseaux chantant, l'ombre parfaite, le soleil, incandescent. Ce tableau, emporté dans mes songes, la journée était bien commencé. Les ruelles étroites ou la chaleur s'épuise sur les pierres jaunes nous conduisent à de nombreuses terrasses, places avec fontaines ou jus de fruits frais, ensoleillés. S'éclipser sous les arbres du jardin botanique, découvrir un papillon citron ou encore un chat, c'est s'émerveiller de la douceur de l'instant dans le tumulte de la ville. Avant de repartir, il y a cet arbre aux papiers parsemés, son tronc torsadé, comme s'il formait la tresse d'une déesse … l'âme, mystérieuse, du jardin aux merveilles.

Parc du Peyrou - Montpellier

Marseille, comme un jour de printemps sans commencement. Les boulevards sont comme grandissants sous nos pas meurtris par les kilomètres passés, la foule les épaissie. La ville bouillonne, son cœur vit des langues multiples, son cœur foisonne du sang de la Méditerranée. Le port quadrille le poumon de la ville, là où les pêcheurs vendent leurs poissons, sous la bienveillance de Notre-Dame de la Garde. Il faut se perdre dans le Panier, se retrouver dans des allées où personne ne monte, ni même le petit train, ni même les chats. Juste nous et le linge soufflé par le vent d'Ouest. Là-haut, près d'une petite place, un cuisinier fait griller des sardines et du canard au feu de bois. Le lieu est idéal, atypique, nous nous y arrêtons un instant, puis une heure finalement pour déguster, sous le vent presque léger, la divine cuisine des ruelles de Marseille. C'était beau, c'était bon, c'était simple. Nous passerons à la fois par un musée du savon, par une place où les cafés Fanny et Marius se faisaient face, puis retournerons dans ces ruelles délabrées et taguées où les artisans dévoilent leurs créations.

Le Vieux Port - Marseille

À Marseille, les écailles de poissons voguent sur le port, au soleil, elles deviennent étoiles et nous aveugle. Marseille où le soleil s'étire jusqu'à l'autre bout de la Méditerranée, d'autres terres qu'il me tarde de découvrir.

2ème arrondissement - Marseille

 

Bonnes Adresses :

Restaurant A Strega 23 Rue des Mauvestis, 13002 Marseille – cuisine délicieuse et accueil génial !

Atelier de céramique Étoile Errante, 20 rue des Pistoles 13002 Marseille – de belles créations qui me rappellent Ponyo sur la falaise !

 

 

A venir, un article sur Nîmes !

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