30 articles avec et pendant ce temps...

L'éléphant

Publié le par Manu

Laurent Baheux - Under The Clouds I

Un dimanche, le cirque avait pris toute la place. Les camions, le grand chapiteau, les cages des animaux, si paisibles à l'approche de leur entrée en scène. Nous nous sommes arrêtés pour voir les tigres, coincés entre deux grilles, leur maison de toute une vie. Le mâle tournait sur lui même, dans sa petite cage, regardait de temps à autre sa femelle, à part. Celle-ci se retourna vers nous, posa son regard doux sur nos simples silhouettes, puis nous ignora.

Leur vie repose sur le bitume gris des grandes villes et la paille que l'on donne aux lapins. Leur vie, c'est le cirque, à toute heure, tout le temps. Les hommes ont des grands camions, immenses et puissants, des camions – salle de repas même avec de grandes vitres comme une véranda où ils peuvent apercevoir le paysage ; les animaux eux ne voient que les pneus des engins, les promeneurs curieux, comme nous.

Non loin des tigres, l'éléphant. La bête se balançait sur elle-même. Elle était là, au milieu des camions, sur quelques bouts de paille et se balançait, comme nous nous balançons lorsque nous sommes ivres. Ivre de douleur, je l'étais et je le reste devant cet être, esclave des hommes. Son regard aussi était vide, comme celui des tigres, comme celui de tous ces animaux sauvages qui vivent encerclés dans des parcs miniatures où l'on ne laisserait même pas vivre notre chien.

Je me demande d'où ils viennent, s'ils sont nés en captivité ou ont été arraché à leurs mères, s'ils connaissent les terres arides, les territoires sauvages d'un ailleurs imaginaire ou hostiles aux hommes ; je me demande en vain ce qu'il advient de ces animaux de cirque une fois la nuit tombée. Rêvent t-ils d'une autre vie, de leurs congénères ? Derrière leurs cellules d'acier, sous le regard des hommes qui s'enrichissent, de l'homme qui les a drogué.

Cet éléphant me rappelle soudainement que la captivité des animaux sauvages est bien réelle et le restera sans doute, si les gens continuent à aller au cirque, si on ignore ce qu'il y a derrière le grand chapiteau.

L'éléphant, les tigres, l'ours blanc qui nageait dans les eaux turquoises d'un zoo de l'Est, et tous les autres, ne sont pas et ne doivent pas être des bêtes de foire, ni vivre dans des enclos misérables. Ces animaux sauvages, qu'il faut préserver, n'ont rien a faire sur le bitume et sous le ciel gris d'Angers.

 

Photo: Laurent Baheux - Under The Clouds I

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Paysages du Sud

Publié le par Manu

Le Grau du Roi

Le Grau du Roi

Partir, prendre le temps et partir. Voilà ce que nous voulions mon amoureux et moi, pour se retrouver, s'arrêter un peu, vivre différemment nos vacances.

La mer

Dans le train qui devait nous mener à Nîmes, quelque part après Paris, au loin s'étiraient monts et vallées, alignés, toutes pointes vers le ciel ; le paysage défilait, le train nous menait encore plus loin que cela. Encore plus loin vers les flamands roses que je m'imaginais, déjà colorés si vivement dans ma chambre, jolies ombres sous leurs ailes dépliées, rose teinté d'un bout à l'autre de la mer salée. Et je les vois encore, dans un coin de mon hémisphère ouest, bien attachés à mes carnets de notes, ils demeurent légers et flamboyants, ces flamants. Nous avons pris le train, beaucoup, jusqu'au dernier arrêt, le Grau du Roi, là où les mouettes virevoltent à s'épuiser entre les bateaux qui rentrent au port. Attendant que la lumière de 17h éclipse les ombres, défragmente les vagues fortes, nous avons marché, nous nous sommes embrassés. C'était déjà l'heure qui tournoyait dans le ciel, le soleil replongeait de l'autre côté du rivage, loin déjà de nous, c'était doux.

Musée Fabre - Montpellier

Au lendemain, la mer n'était pas si loin, à quelques kilomètres peut être et c'était comme du jamais vu dans une ville déjà arpenté. Montpellier. Elle était différente, de ses couleurs, chaudes parfois et crues à la fois, les rues désertes et les allées ribambelle de promeneurs. Dans un musée sombre et bien gardé, telle une forteresse, impasse et torturée, des tableaux que l'on peut se vanter d'avoir vu, des Corot, Doré ou même ce Laugé où je ne vois que le violet, couleur préférée. Ce chemin qui écume le temps, les arbres fleurissants et les oiseaux chantant, l'ombre parfaite, le soleil, incandescent. Ce tableau, emporté dans mes songes, la journée était bien commencé. Les ruelles étroites ou la chaleur s'épuise sur les pierres jaunes nous conduisent à de nombreuses terrasses, places avec fontaines ou jus de fruits frais, ensoleillés. S'éclipser sous les arbres du jardin botanique, découvrir un papillon citron ou encore un chat, c'est s'émerveiller de la douceur de l'instant dans le tumulte de la ville. Avant de repartir, il y a cet arbre aux papiers parsemés, son tronc torsadé, comme s'il formait la tresse d'une déesse … l'âme, mystérieuse, du jardin aux merveilles.

Parc du Peyrou - Montpellier

Marseille, comme un jour de printemps sans commencement. Les boulevards sont comme grandissants sous nos pas meurtris par les kilomètres passés, la foule les épaissie. La ville bouillonne, son cœur vit des langues multiples, son cœur foisonne du sang de la Méditerranée. Le port quadrille le poumon de la ville, là où les pêcheurs vendent leurs poissons, sous la bienveillance de Notre-Dame de la Garde. Il faut se perdre dans le Panier, se retrouver dans des allées où personne ne monte, ni même le petit train, ni même les chats. Juste nous et le linge soufflé par le vent d'Ouest. Là-haut, près d'une petite place, un cuisinier fait griller des sardines et du canard au feu de bois. Le lieu est idéal, atypique, nous nous y arrêtons un instant, puis une heure finalement pour déguster, sous le vent presque léger, la divine cuisine des ruelles de Marseille. C'était beau, c'était bon, c'était simple. Nous passerons à la fois par un musée du savon, par une place où les cafés Fanny et Marius se faisaient face, puis retournerons dans ces ruelles délabrées et taguées où les artisans dévoilent leurs créations.

Le Vieux Port - Marseille

À Marseille, les écailles de poissons voguent sur le port, au soleil, elles deviennent étoiles et nous aveugle. Marseille où le soleil s'étire jusqu'à l'autre bout de la Méditerranée, d'autres terres qu'il me tarde de découvrir.

2ème arrondissement - Marseille

 

Bonnes Adresses :

Restaurant A Strega 23 Rue des Mauvestis, 13002 Marseille – cuisine délicieuse et accueil génial !

Atelier de céramique Étoile Errante, 20 rue des Pistoles 13002 Marseille – de belles créations qui me rappellent Ponyo sur la falaise !

 

 

A venir, un article sur Nîmes !

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Banc Public

Publié le par Manu

Banc Public

Au parc, sur l'un des bancs publics qui jouxtent le manège, je laissais divaguer les mots au travers de vieilles pages. Le vent les retournait pour moi. Je lisais sans même relever la tête, j'entendais les gens qui marchent le dimanche après-midi au parc. Ils marchent et lisent aussi. Non pas des pages anciennes, jaunies par le temps, la poussière qui s'égraine, mais un écran que l'on ne met jamais en veille, qu'on le veuille ou non, l'objet qui semble mêler l'utile à l'agréable. Parfois, des couples passent, tête baissée sur leur écran, tête à tête avec leur téléphone – ultra moderne solitude.


Dans mes vieilles pages à l'odeur de boiseries, un texte de Jean-Jacques Rousseau sur le Voyage à Pied, très approprié. Je ne peux que penser à nos promenades antérieures, à venir, mais aussi intérieures. La facilité que l'inconscient a de nous transporter d'un paysage à un autre, sans même se déranger. L'instinct de l'inconscient, d'une vie perpétuelle et d'une plénitude entière. Une promenade en solitaire, parfois peuplée d'êtres caricaturés, étranges et influençants.


Dans la vraie vie, si mon œil dévie de mon ouvrage, les êtres me paraissent influencés. Ils s'ignorent pourtant, marchent côte à côte, se dévisagent, mais ne se regardent pas vraiment. Ils sont indifférents et continuent leur chemin, en tapotant de longs monologues sur leur écran noir.


Le temps nous a oubliés, moi et mon livre, sur un banc public qui regarde passer le monde d'aujourd'hui.


 

Banc Public

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Oiseaux fantômes

Publié le par Manu

Oiseaux fantômes

Mon chat regardait fixement au dehors, il était bientôt 22h. La lune était pleine et animait la cour intérieure de son halo incandescent. Soudain, venu de derrière les toits, un magnifique cortège d'oiseaux fantômes. Il y en avait une centaine qui volaient côte à côte, dans le balaiement du vent, tous blancs immaculés. On aurait dit un rêve éveillé, tant rien ne semblait réél. Ils passèrent en quelques secondes dans le ciel auréolé de rose-orange-violet, s'en allèrent derrière d'autres toits. Mon chat en avait profité pour admirer le ciel étoilé; elle me regardait fixement dans ce carré lumineux que la Lune projetait. Les oiseaux revinrent, moins nombreux, mais toujours teintés de ce blanc, d'un voile transparent. Je pouvais presque sentir leurs battements d'ailes, le souffle du vent qui passait par-delà leurs plumes d'argent. Comme le ciel était beau à présent et comme la nuit s'intensifiait ! Les oiseaux passèrent comme un éclair et ne revinrent plus. Bouche bée, je les regardais s'éloigner; comme des âmes aux ombres projetées.

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