40 articles avec les mots

Les lettres oubliées et fleurs fânées

Publié le par Manu

Rosée matinale - Avesnois

 

Trois jours avant notre déménagement, j'ai écrit ceci dans un carnet noir, deux fleurs séchées.

"C'était tout à l'heure. Je sautais à pieds joints dans mes hautes bottes, sur la pelouse fraîchement tondue du jardin. Je voulais en garder un souvenir, le même qu'il y a des années ou la végétation n'envahissait que très peu ce beau paysage, végétal. Mon monde végétal. Celui où je me suis vu grandir, explorer les horizons lointains ou non, dégringolant la pente enneigée avec mon petit-frère dans sa brouette. La maison familiale, celle où l'on se retrouve ou pas, où l'on se perd à explorer le blockhaus comme suspendu par le lierre, les grands arbres et les fougères, les ronces et orties qui prolifèrent. Combien de fois n'ai-je pas pensé m'en séparer, couper le lien avec la civilisation végétale? Et combien de fois y suis-je revenue, inlassablement, hâtivement, en souhaitant m'y perdre à jamais, y construire ici un havre de paix. Peut-être d'une douleur soudaine j'en oublierai la clarté du soleil posé paisiblement sur la verdure, le parfum embaumant du matin, les fleurs roses qui tapissent le sol, la terre, le bitume bientôt. Il me faudra sans doute des années pour me souvenir de ces moments passés, oublier la maison, jusqu'à la verdure qui la recouvrira dans mes songes. Je rêverai alors du banc blanc, face aux framboisiers dont les fruits sont encore si petits, à l'ombre des ombrelles verdoyantes des lierres qui courent, courent toujours. Et les pigeons faire leur ronde habituelle, agrandissant leurs cercles de jour en jour de leurs ailes blanchies par le soleil de l'après-midi. Les oiseaux de paix, intérieurs du rêve qui n'a pas d'âge, qui ne court qu'après le lieu. Et je verrai sans doute ces stalactites pointant leurs gouttelettes sur le béton armé d'un blockhaus abandonné. Elles forment des cornes de licornes, elles se créent et se recréent à l'infini, dès que je leur tourne le dos. J'en oublierai presque les éclats de la guerre dans la pierre, indestructible.

Hier, je rêvassais sur l'herbe. Quelques gouttes de rosée sublimaient la verdure, formant de petites loupes sur chaque brin d'herbe. On pouvait y deviner la longueur de leur tige, la profusion d'alvéoles, leur âge. Indéfinissable. Peut-être infini si l'on part de leurs racines. Les centaines de milliers de racines cachées dans la pénombre de cette argile. Et tout là-bas en bas, la maison de briques rouges s'efface derrière les plus grands feuillages. "

Fleurs Jardin Angers

 

Publié dans Souvenirs, Les mots

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Rencontre avec Kama Sywar Kamanda

Publié le par Manu

Rencontre avec Kama Sywar Kamanda

Il ait de ces rencontres dont on ne voudrait rater le moment, comme la venue du poète congolais Kama Sywar Kamanda à Angers, à l'occasion du Printemps des Poètes. Alors certes, la salle n'était pas pleine, on était une poignée de curieux enfoncés dans nos fauteuils avec, bien souvent, un âge fort avancé, mais nous étions là tout de même, par cette volonté d'écouter, d'échanger, de comprendre la poésie d'un autre poète. Et ce poète aujourd'hui, c'était Kama Sywor Kamanda qui nous faisait l'honneur de sa visite.

Il y a un d'abord une chose que je dois dire avant même d'écrire cet article : Monsieur Kamanda a un rire exceptionnel ! ( voilà, c'est dit, j'adore son rire!)

Kamanda est né au Congo, son écriture, son œuvre entière ou presque porte les voix de l'Afrique. Sa poésie contemporaine est reconnue dans le monde entier.

Kama Sywor Kamanda définit la poésie d'aujourd'hui comme un étendard à porter haut et fort, un engagement de toute une génération, de toutes les générations, de toutes les couleurs. Car oui, en effet, la poésie n'a plus de frontières, la poésie vit dans toutes les langues de la planète, la poésie est une valeur universelle et elle n'a pas de prix. En ce sens, Kamanda explique qu'il a fait et qu'il continue à faire le tour du monde, à parler de sa poésie et des autres, de la poésie en général, mais aussi des conflits socio-politiques qui traumatisent son continent, tous les continents. «  Chaque écrivain africain a dû affronter le monstre de son monde. », disait-il. Chaque écrivain doit affronter la société actuelle, mais surtout, sauvegarder la mémoire des mots, des origines, de l'Afrique. Car s'il y a bien un sujet important pour Kamanda, c'est cette question de sauvegarde des mémoires que le présent balaye aujourd'hui «  J'apprivoise la parole des origines », souhaite exprimer Kamanda dans l'un de ses poèmes lu ce jour La Danse des Esprits. L'Afrique, Terre de feu, Terre des Dieux, Terre de rumeurs, la quête de l'abondance.

Kama Sywor Kamanda a reçu de nombreux prix pour son œuvre, mais ce qui compte le plus pour lui, c'est sans doute de continuer ce voyage intérieur qu'il a commencé il y a quelques années déjà, même si pour le moment il n'écrit plus vraiment de poésie.

Le plus important reste le partage, l'écoute, la transmission.

 

La question au poète : «  Comment écrivez-vous ? Avez-vous un bureau ? »

La réponse du poète : «  J'écris dans mon lit ! Tout ce que j'écris, je l'écris dans mon lit ! »

 

Le printemps des poètes, çà continue jusqu'à dimanche … !

 

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Yves Bonnefoy et Alexandre Hollan

Publié le par Manu

Yves Bonnefoy et Alexandre Hollan

«  Le pays découvert était de pierres grises. » Yves Bonnefoy

Dans un recoin poussiéreux, sous d'amples poutres alignées dans le néant, l'étagère se plaît à extraire les beaux livres oubliés. Ils sentent la vieille pierre humide et grise, la vieille maison. J'ai posé le doigt sur l'un de ces livres …

Mon stylo exhibe de beaux reflets, incandescents, sous la lumière de ma lampe.

J'ai posé la paume de mes mains sur le livre choisi par le professeur de lettres. Cela parlait de courbes. J'avais peur qu'il n'y ait des mathématiques, de l'algèbre fantaisiste. J'y ai découvert de la prose, volubile et étrangement familière.

Autres ombres projetées.

Trois mots avant le casque ailé, trois mots réunissant la thématique de l'auteur. J'avais dans les mains l'un des plus beaux exemplaires d'Yves Bonnefoy.

Miroitement. Deux ombres s'évaporent.

Les mots s'élançaient, devenaient plus limpides encore que l'eau. Je voguais sur Les Planches Courbes d'Yves Bonnefoy. J'étais curieuse, je m'interrogeais sur la répartition des sons, du vocabulaire exposé, des souvenirs énumérés. Comme la lecture était belle !

Les yeux dans les yeux, ombres grandissantes.

Les pierres grises de ce pays renferment de magnifiques lettres, ornées de poésie, d'eau de pluie. Des mots d'hier où régneront demain de grands déserts.

Bleu comme la nuit et nuit comme le jour.

La beauté de l'écriture d'Yves Bonnefoy réside dans son espace temps, dans ses interlignes. Il y a, entre ses mots, des images invisibles et imparfaites. Des souvenirs qui s'échappent de l'encre noire, du bleu de l'eau. La barque, la maison, les murs coulent comme les mots, dans l'océan.

Mots infinis.

Je chéris ce livre, ses mots. Je chéris la lumière passant au travers de l'épais papier jaunis par le temps, l'hier.

Yves Bonnefoy s'en est allé rejoindre l'autre rive sur sa barque. Sa poésie, libre et éternelle, où demeurera le bruit de l'infini.

 

- Ce texte, hommage tardif à Yves Bonnefoy, a été écrit avant mon passage à la bibliothèque de Nîmes où j'ai découvert un livre surprenant sur le peintre Alexandre Hollan. -

 

Hollan - Chêne gouache sur papier

Alexandre Hollan est né à Budapest en 1933. Il vit en France depuis 1956 et partage son temps entre les garrigues du Languedoc et ses ateliers de Paris et Ivry.

Il interroge le mystère du regard et de la couleur à travers deux grands thèmes: les arbres et les “vies silencieuses”.
Yves Bonnefoy lui a consacré plusieurs textes, 
L’arbre au-delà des images, éditions William Blake & Cie et une monographie, La journée d’Alexandre Hollan, éditions Le temps qu’il fait.  C'est ce dernier ouvrage que j'ai pu découvrir à la bibliothèque de Nîmes. J'ai dès lors compris l'omniprésence de la nature, des arbres en particulier, dans la poésie de Bonnefoy.

Le poète écrit sur les figures des arbres, le visible, la lumière. Il dépeint expressément la force, l'hésitation dans la peinture d'Alexandre Hollan, les différents procédés utilisés, ce mystère des « lavis », lignes naissantes qui se touchent, décrivent une masse sombre, une tâche qui devient arbre.

Calligraphies - Hollan

« On y entend le silence » dit Hollan, «  Lentement la lumière se confond avec les formes », à propos de la lumière du soir que le peintre distille, décante sur la toile immaculée. La lumière de la nuit qui a filtré, les couleurs comme décantés, l'alchimie, la lumière visible devient invisible, les ombres sont les âmes du monde. « Les formes, les ombres, deviennent des frémissements, des rumeurs, les vibrations du silence, la vraie lumière, l'invisible. » écrivait Yves Bonnefoy.

Lorsque l'on parcourt ce livre, on ne peut que mieux comprendre l'écriture d'Yves Bonnefoy et apprendre de la peinture d'Alexandre Hollan. Yves Bonnefoy semblait passionné par ces choses indessinables que dessine encore aujourd'hui Hollan, ces choses que le poète écrivait, le détachement des choses, l'éternel présent peut être.

Fascinants sont ces écrits que l'on découvre au hasard d'une étagère, d'une peinture. Comme si l'on devinait une nouvelle écriture, un nouvel alphabet, celui des arbres, du silence de l'invisible.

Publié dans Poésie du dedans, Les mots, Art

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S'accomplir - aux origines de soi

Publié le par Manu

Le mystère de la femme à l'océan

Le mystère de la femme à l'océan

Le premier janvier 2008, j'ai commencé à écrire un article sur mon blog de l'époque, à 00h41. Il devait parler de l'année 2007 écoulée, de mes projets pour la nouvelle année. Malheureusement, un problème d'écran bleu a supprimé entièrement l'article que j'écrivais, sans même garder le brouillon. J'ai donc recommencé cet article que j'ai intitulé «  00h00 Bis – The New ».

Mon article était accompagné d'une photographie de Paul Banks ( du groupe Interpol – dont le titre « The New » provient d'un de leur album) devant une machine à écrire.

J'ai commencé à écrire en 2007. A écrire des choses plus structurées ; je me laissais emporter par les lectures, les chansons de mes groupes préférés, je me cherchais. Je savais que, quelque part en moi, il y a avait cette envie sincère d'écrire, de dire des choses que je gardais en moi. Revenir à mes origines.

Un soir, je me souviens avoir ouvert grand ma fenêtre, j'ai fermé les yeux … j'ai eu un déclic. J'entendais les trains qui passaient au loin, le bruissement des feuilles, je sentais les souvenirs venir à moi.

 

Ce ne sont pas les influences qui comptent, c'est le choix de ses influences qui est important.
Titouan Lamazou

 

Dans mon article du premier janvier, j'expliquais combien il m'était important d'écouter les paroles de mon professeur de philosophie, de littérature ou même les sages paroles de mes parents. Écouter et savoir écouter son cœur, ses envies...ses rêves. Beaucoup d'idées me sont venues en rêvant. Pas seulement pour l'écriture. Je me disais donc que, quel que soit l'idée, bonne ou fausse, cela valait le coup d'essayer, d'en faire quelque chose, d'y croire et de continuer. À l'époque, c'était l'année du Bac, les cours m'ont beaucoup aidés. Quel que soit le sujet, il fallait toujours se remettre en question, c'est ce qui m'aidait à avancer.

Avec le temps, des soirées passées à écrire des articles sur mon blog ( j'en écrivais un par jour!), j'ai réussi à réaliser mes idées, à mettre un nom sur ce qui me prenait du temps et de la place dans ma tête : ECRITURE. J'avais soudain l'impression d'être là pour quelque chose, de vivre une passion intense, être en harmonie avec moi-même et les autres ( même avec mes parents!). J'écrivais nuit et jour, sur mes cours, parfois sur un rebord de table, je gribouillais des trucs et après je suis passée à la photographie.

Oui, la photographie car la mémoire, selon moi, ne pouvait pas tout emmagasiner. Je photographiais tout un tas de choses, importantes ou non, surtout lors de mes promenades le week-end. Ainsi, avec ma collection de photos, mes mots, je pouvais faire un lien entre ces deux mondes, mettre une image sur un mot. Rien ne prenait la poussière, les souvenirs revenaient, se reconstruisaient. La partie de dominos, le puzzle que j'avais autrefois repoussé car trop difficile à reconstruire se liait à présent, comme l'encre au papier.

Un jour, un ami m'a dit «  Mais c'est de la prose ! ». Je ne comprenais pas. Je ne savais pas vraiment, moi, étudiante en Littérature, ce qu'était vraiment la prose. Je me noyais dans mes idées, dans les mots. Et çà, pour lui, c'était de la prose. De la prose poétique.

 

Les gens ont peur d'eux même, de leur propre réalité; par-dessus tout de leurs sentiments.

Jim Morisson.

 

À vrai dire, je n'y avais pas songé. J'écrivais depuis peu, de façon imparfaite, pas du tout prétentieusement, sur mon ressenti, mes fragilités. J'écrivais sur mon monde, mes sentiments, la disparition aussi. La perte de mon grand-père m'a profondément marqué. À l'époque où l'on se cherche, où l'on ne sait pas très bien ce que l'on ressent, la perte d'un être cher peut vite devenir insurmontable. Je l'ai toujours dit, je le dirais tout ma vie, c'est l'écriture qui m'a aidé à surmonter la disparition de mon grand-père. À partir de ce jour, je m'enfonçais dans une quête du souvenir, de l'enfance … car bien des choses m'ont paru comme effacées. Je devais glaner les souvenirs, comme mes grands-parents les avaient égrenés derrière moi, dans un village reculé.

Parfois, aujourd'hui encore, je me demande si tout cela a un sens. Et aussi pourquoi avoir choisi l'écriture. Mais en fait, je ne crois pas avoir choisi l'écriture. C'est elle qui m'a choisi.

Je me revois dans la cabane à outils de mon père, mon carnet d'écriture entre les mains. J'écrivais la suite des aventures de Docteur Jeckyll et M.Hyde. J'avais 10 ans.

J'espère que dans 10 ans encore, 50 ou plus j'écrirais toujours. J'aurais les cheveux gris ou blancs, un beau petit coin bureau, un chat à mes côtés et toujours le tableau de mon grand-père face à moi. Par-dessus tout.

 

Photo: la boite verte. Cette photo a une histoire, la voici !

 

 

 

 

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