9 articles avec poesie du dedans

Yves Bonnefoy et Alexandre Hollan

Publié le par Manu

Yves Bonnefoy et Alexandre Hollan

«  Le pays découvert était de pierres grises. » Yves Bonnefoy

Dans un recoin poussiéreux, sous d'amples poutres alignées dans le néant, l'étagère se plaît à extraire les beaux livres oubliés. Ils sentent la vieille pierre humide et grise, la vieille maison. J'ai posé le doigt sur l'un de ces livres …

Mon stylo exhibe de beaux reflets, incandescents, sous la lumière de ma lampe.

J'ai posé la paume de mes mains sur le livre choisi par le professeur de lettres. Cela parlait de courbes. J'avais peur qu'il n'y ait des mathématiques, de l'algèbre fantaisiste. J'y ai découvert de la prose, volubile et étrangement familière.

Autres ombres projetées.

Trois mots avant le casque ailé, trois mots réunissant la thématique de l'auteur. J'avais dans les mains l'un des plus beaux exemplaires d'Yves Bonnefoy.

Miroitement. Deux ombres s'évaporent.

Les mots s'élançaient, devenaient plus limpides encore que l'eau. Je voguais sur Les Planches Courbes d'Yves Bonnefoy. J'étais curieuse, je m'interrogeais sur la répartition des sons, du vocabulaire exposé, des souvenirs énumérés. Comme la lecture était belle !

Les yeux dans les yeux, ombres grandissantes.

Les pierres grises de ce pays renferment de magnifiques lettres, ornées de poésie, d'eau de pluie. Des mots d'hier où régneront demain de grands déserts.

Bleu comme la nuit et nuit comme le jour.

La beauté de l'écriture d'Yves Bonnefoy réside dans son espace temps, dans ses interlignes. Il y a, entre ses mots, des images invisibles et imparfaites. Des souvenirs qui s'échappent de l'encre noire, du bleu de l'eau. La barque, la maison, les murs coulent comme les mots, dans l'océan.

Mots infinis.

Je chéris ce livre, ses mots. Je chéris la lumière passant au travers de l'épais papier jaunis par le temps, l'hier.

Yves Bonnefoy s'en est allé rejoindre l'autre rive sur sa barque. Sa poésie, libre et éternelle, où demeurera le bruit de l'infini.

 

- Ce texte, hommage tardif à Yves Bonnefoy, a été écrit avant mon passage à la bibliothèque de Nîmes où j'ai découvert un livre surprenant sur le peintre Alexandre Hollan. -

 

Hollan - Chêne gouache sur papier

Alexandre Hollan est né à Budapest en 1933. Il vit en France depuis 1956 et partage son temps entre les garrigues du Languedoc et ses ateliers de Paris et Ivry.

Il interroge le mystère du regard et de la couleur à travers deux grands thèmes: les arbres et les “vies silencieuses”.
Yves Bonnefoy lui a consacré plusieurs textes, 
L’arbre au-delà des images, éditions William Blake & Cie et une monographie, La journée d’Alexandre Hollan, éditions Le temps qu’il fait.  C'est ce dernier ouvrage que j'ai pu découvrir à la bibliothèque de Nîmes. J'ai dès lors compris l'omniprésence de la nature, des arbres en particulier, dans la poésie de Bonnefoy.

Le poète écrit sur les figures des arbres, le visible, la lumière. Il dépeint expressément la force, l'hésitation dans la peinture d'Alexandre Hollan, les différents procédés utilisés, ce mystère des « lavis », lignes naissantes qui se touchent, décrivent une masse sombre, une tâche qui devient arbre.

Calligraphies - Hollan

« On y entend le silence » dit Hollan, «  Lentement la lumière se confond avec les formes », à propos de la lumière du soir que le peintre distille, décante sur la toile immaculée. La lumière de la nuit qui a filtré, les couleurs comme décantés, l'alchimie, la lumière visible devient invisible, les ombres sont les âmes du monde. « Les formes, les ombres, deviennent des frémissements, des rumeurs, les vibrations du silence, la vraie lumière, l'invisible. » écrivait Yves Bonnefoy.

Lorsque l'on parcourt ce livre, on ne peut que mieux comprendre l'écriture d'Yves Bonnefoy et apprendre de la peinture d'Alexandre Hollan. Yves Bonnefoy semblait passionné par ces choses indessinables que dessine encore aujourd'hui Hollan, ces choses que le poète écrivait, le détachement des choses, l'éternel présent peut être.

Fascinants sont ces écrits que l'on découvre au hasard d'une étagère, d'une peinture. Comme si l'on devinait une nouvelle écriture, un nouvel alphabet, celui des arbres, du silence de l'invisible.

Publié dans Poésie du dedans, Les mots, Art

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S'accomplir - aux origines de soi

Publié le par Manu

Le mystère de la femme à l'océan

Le mystère de la femme à l'océan

Le premier janvier 2008, j'ai commencé à écrire un article sur mon blog de l'époque, à 00h41. Il devait parler de l'année 2007 écoulée, de mes projets pour la nouvelle année. Malheureusement, un problème d'écran bleu a supprimé entièrement l'article que j'écrivais, sans même garder le brouillon. J'ai donc recommencé cet article que j'ai intitulé «  00h00 Bis – The New ».

Mon article était accompagné d'une photographie de Paul Banks ( du groupe Interpol – dont le titre « The New » provient d'un de leur album) devant une machine à écrire.

J'ai commencé à écrire en 2007. A écrire des choses plus structurées ; je me laissais emporter par les lectures, les chansons de mes groupes préférés, je me cherchais. Je savais que, quelque part en moi, il y a avait cette envie sincère d'écrire, de dire des choses que je gardais en moi. Revenir à mes origines.

Un soir, je me souviens avoir ouvert grand ma fenêtre, j'ai fermé les yeux … j'ai eu un déclic. J'entendais les trains qui passaient au loin, le bruissement des feuilles, je sentais les souvenirs venir à moi.

 

Ce ne sont pas les influences qui comptent, c'est le choix de ses influences qui est important.
Titouan Lamazou

 

Dans mon article du premier janvier, j'expliquais combien il m'était important d'écouter les paroles de mon professeur de philosophie, de littérature ou même les sages paroles de mes parents. Écouter et savoir écouter son cœur, ses envies...ses rêves. Beaucoup d'idées me sont venues en rêvant. Pas seulement pour l'écriture. Je me disais donc que, quel que soit l'idée, bonne ou fausse, cela valait le coup d'essayer, d'en faire quelque chose, d'y croire et de continuer. À l'époque, c'était l'année du Bac, les cours m'ont beaucoup aidés. Quel que soit le sujet, il fallait toujours se remettre en question, c'est ce qui m'aidait à avancer.

Avec le temps, des soirées passées à écrire des articles sur mon blog ( j'en écrivais un par jour!), j'ai réussi à réaliser mes idées, à mettre un nom sur ce qui me prenait du temps et de la place dans ma tête : ECRITURE. J'avais soudain l'impression d'être là pour quelque chose, de vivre une passion intense, être en harmonie avec moi-même et les autres ( même avec mes parents!). J'écrivais nuit et jour, sur mes cours, parfois sur un rebord de table, je gribouillais des trucs et après je suis passée à la photographie.

Oui, la photographie car la mémoire, selon moi, ne pouvait pas tout emmagasiner. Je photographiais tout un tas de choses, importantes ou non, surtout lors de mes promenades le week-end. Ainsi, avec ma collection de photos, mes mots, je pouvais faire un lien entre ces deux mondes, mettre une image sur un mot. Rien ne prenait la poussière, les souvenirs revenaient, se reconstruisaient. La partie de dominos, le puzzle que j'avais autrefois repoussé car trop difficile à reconstruire se liait à présent, comme l'encre au papier.

Un jour, un ami m'a dit «  Mais c'est de la prose ! ». Je ne comprenais pas. Je ne savais pas vraiment, moi, étudiante en Littérature, ce qu'était vraiment la prose. Je me noyais dans mes idées, dans les mots. Et çà, pour lui, c'était de la prose. De la prose poétique.

 

Les gens ont peur d'eux même, de leur propre réalité; par-dessus tout de leurs sentiments.

Jim Morisson.

 

À vrai dire, je n'y avais pas songé. J'écrivais depuis peu, de façon imparfaite, pas du tout prétentieusement, sur mon ressenti, mes fragilités. J'écrivais sur mon monde, mes sentiments, la disparition aussi. La perte de mon grand-père m'a profondément marqué. À l'époque où l'on se cherche, où l'on ne sait pas très bien ce que l'on ressent, la perte d'un être cher peut vite devenir insurmontable. Je l'ai toujours dit, je le dirais tout ma vie, c'est l'écriture qui m'a aidé à surmonter la disparition de mon grand-père. À partir de ce jour, je m'enfonçais dans une quête du souvenir, de l'enfance … car bien des choses m'ont paru comme effacées. Je devais glaner les souvenirs, comme mes grands-parents les avaient égrenés derrière moi, dans un village reculé.

Parfois, aujourd'hui encore, je me demande si tout cela a un sens. Et aussi pourquoi avoir choisi l'écriture. Mais en fait, je ne crois pas avoir choisi l'écriture. C'est elle qui m'a choisi.

Je me revois dans la cabane à outils de mon père, mon carnet d'écriture entre les mains. J'écrivais la suite des aventures de Docteur Jeckyll et M.Hyde. J'avais 10 ans.

J'espère que dans 10 ans encore, 50 ou plus j'écrirais toujours. J'aurais les cheveux gris ou blancs, un beau petit coin bureau, un chat à mes côtés et toujours le tableau de mon grand-père face à moi. Par-dessus tout.

 

Photo: la boite verte. Cette photo a une histoire, la voici !

 

 

 

 

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Je n'irai plus sur d'autres chemins avec toi

Publié le par Manu

Je n'irai plus sur d'autres chemins avec toi

Je t'écris sans envie, sans but précis. Tu as sans doute d'autres choses à faire, moi je n'ai que cela, ma parole pour toi, un dialogue qui s'écourte à chaque appel. J'avais envie de te raconter ma vie, de te dire que j'avais acheté un nouveau recueil de poésie, quelque chose qui va me faire voyager, l'Afrique, le soleil ... bien loin de nos terres si grises, si froides. Je voulais te parler de mon recueil aussi, celui que tu as lu sans le lire, dont tu ne connais même pas la fin, je voulais que tu le lises et que tu m'en parles, que l'on en parle. Je vais en réécrire un, pas pour toi, pour moi, me souvenir des choses qui n'existent plus, des aléas du temps, des questionnements; la vie est ainsi faite, de grands écarts et de trous noirs, de pointillés ...

Bientôt, le Printemps reviendra. Je dormirai moins, pour arpenter d'autres sentiers, des brocantes, des souvenirs d'autres fleuves balisés. Je n'irai plus sur les mêmes chemins avec toi, parce que nous sommes si éloignés ... que même les mots me manquent pour tisser une liane qui nous relierait. Tu me disais qu'il fallait rester unis, que c'est çà une fratrie. Mais tu n'es pas plus uni à moi qu'à nos parents. Tu as oublié ce que c'est d'être unis. Tu es comme moi, tu l'as oublié.

Je me remémore la forêt, les chemins sans boue que nous arpentions été comme hiver. Au coeur du lac, il y avait cette plénitude, cette douceur qui coule, coule dans nos veines à présent. Le vent sur notre peau court encore dans ma tête, sous mes yeux il se dissipe et se perd. Nous n'avons jamais eu besoin de boussole, mais nous nous sommes tant perdus; sous la pluie, dans un désert de feuilles, d'étranges autoroutes qui n'en finissent jamais de nous perdre. Se quitter, s'oublier. Comme s'il ne fallait jamais. Des cendres de nos aïeuls poussent des fleurs sous le ciel gris de l'hiver. Nos larmes les soutiennent, jamais ne les oublient.

Parfois, une image sort de l'objectif; j'aimerais la partager avec toi, mais tu ne réponds pas. J'aimerais partager mes voyages avec toi, avec la famille, j'aimerais que tu puisses voyager avec nous, avec nos sourires dans ta tête, mes verbes fous ... Je n'irai plus sur d'autres chemins avec toi. Car tu es loin et je suis lointaine étoile à la tienne. Nous sommes reliés sans fil à un écran noir, à nos cellules partagées, à notre hémisphère nord.


 

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La Mouette

Publié le par Manu

La Mouette

En ce moment, je me questionne sur l'écriture, sur pourquoi et comment écrire. Pourquoi évoluer et se diviser … L'écriture, c'est si difficile à décrire, à énumérer. C'est parfois douloureux lorsqu'on ne trouve pas les mots, parfois trop banals quand on écrit rien d'intéressant, parfois faux quand ce n'est pas de nos propres pensées. Ce matin, un article quelque part sur Internet disait que jardiner, c'est bon pour le moral ( oui, je vous vois venir avec cette petite chanson qui défile dans votre tête), bon pour la santé, pour l'esprit surtout. Écrire, c'est un peu tout çà. C'est cultiver son jardin, y faire pousser de belles et savoureuses choses, y dédier tous ses souvenirs, les enfouir s'il le faut ou les faire revenir de dessous la terre. Changer la boue en or, changer les mots vides de sens en lettres immuables. En majuscules grand format, de peur qu'on ne les voit, qu'on ne puisse les reconnaître. Cette peur impalpable dans mes textes...

Mon petit frère sait mieux la décrire que moi la peur. Il sait écrire sur la peur et moi, j'exprime les différents visages de la peur. Le passé en fait partie, les rêves aussi. C'est eux qui font mon écriture, les fondations de mes expériences littéraires, balbutiantes parfois. Et c'est donc la peur au ventre qu'hier soir, sans crier gare, j'ai envoyé mon premier manuscrit chez un éditeur. J'aurais pu me dire que c'est cool, mais non, çà fout les boules. C'est très étrange cette sensation d'envoyer ses textes à des gens extérieurs qui ne connaissent rien de moi, rien de ma vie … et pourtant, ils vont la lire. Parce que ces textes-là, c'est toute ma vie. Je les ai porté en moi depuis des années, comme un enfant, je les ai aimé, apprivoisé même. J'ai rêvé qu'un jour ils soient lus par d'autres lecteurs que ma famille, par vous peut-être... mais peut-être ne les lirez-vous jamais. Peut-être qu'ils ne sortiront jamais de ces feuilles de papier imprimées, parce qu'ils n'ont pas cet élan, cette chose existentielle qu'on ne saurait nommer. Quoi qu'il advienne de mes textes, de mon écriture, je les garderai aussi longtemps que je le pourrai, sous la terre jusqu'alors et mes poèmes feront grandir des arbres à poèmes.

 

Il y avait une mouette sur la grande place aujourd'hui. Les gens la regardaient et passaient leur chemin, elle ne pouvait plus s'envoler, elle se mourait. J'aurais aimé avoir ce don de faire revivre les oiseaux, les animaux, j'aurais aimé qu'elle vole pour toujours, que son ombre se projette encore sur les pavés de la ville.

Publié dans Poésie du dedans, Les mots

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