La sève

Publié le par Manu

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J'irai me perdre au cœur de la montagne, là où raisonnent le chant des oiseaux. J'irai me perdre au cœur de la forêt et regarder en contre-bas : Ah ! ce que le monde est petit ! La Terre bouillonne là en bas et ici, c'est le silence, se perdre dans l'infini, dans les effluves de sève de quelques sapins peu ordinaires. Partout autour de moi, tout me rappelle l'enfance, les promenades en forêt, les cachettes secrètes. Tout est si beau, si déroutant. Je voudrais rester ici, à plus de 1 300m d'altitude pour contempler le monde. Mais cela est ridicule, égocentrique. Ne faut-il pas être égocentrique pour vouloir s'éterniser dans une telle forêt? Ne faut-il pas être égocentrique pour creuser une évolution en pleine nature?

Cette grandeur me rappelle la fragilité de notre milieu, les conséquences de la destruction d'un territoire. Et si demain tout disparaissait ? Je n'aurai plus que mes souvenirs, je n'aurai plus d'envies. Un monde sans arbre, sans animaux, sans rien. Rien. C'est incompatible avec mes pensées actuelles. Il n'y a pas d'endroit ailleurs, il n'y a pas d'ailleurs. A moins que la suite ne se trouve dans notre mémoire. Des fragments de souvenirs, une carte, un territoire, une île où ma forêt aurait survécu. Les images restent, mais qu'en est-il des odeurs ? Elles se dissipent, ne restent jamais tranquilles, pas assez longtemps pour que je puisse les garder, les surprendre, les infuser dans ma mémoire. Pourtant, lorsque je mange un simple morceau de gâteau, cela éveille mes sens, mes souvenirs d'un gâteau autrefois mangé chez ma grand-mère. Les odeurs se cachent, s'enfouissent quelque part pour mieux réapparaître. La magie des sens. Mais si demain la sève de sapin n'avait plus ce goût d'une promenade à l'ombre de la forêt ?

 

 

 

C'était hier sur la route. On ne voyait que des phares rouges se suivre, de la pluie tomber. Je ne pensais à rien, j'essayais de m'en empêcher. De me noircir les idées. Du gris, de l'asphalte mouillée, dégueulasse. C'est l'incertitude qui est moche, la perte de temps pour des bagatelles, sans avenir l'avenir. Se laisser guider par l'éclat sur la route, se laisser ployer comme un arbre qui déroute. J'ose à peine y penser, regarder dans mes souvenirs et regarder aujourd'hui. Regarder demain. Si c'est çà la pluie … On y voit rien, ce n'est qu'un brouillard, quelque chose de vague qui nous entoure, qui nous étouffe. Il faudrait prendre la sortie mais je ne peux y accéder, je suis trop loin, ou bien trop près.

Mais il y a toi, il y a cette flamme plus rouge que ces phares qui nous éblouissent. Il y a ta chaleur, tes baisers, ton odeur. Se foutre de tout, même de la pluie qui tombe sur nous et qui nous délavent, nous enlève nos couleurs. Tout reste à l'intérieur. Rien ne glisse sur le bitume, rien ne retombe dans la flaque puisque je retiens tout. C'est la force qui nous dépasse, c'est l'amour qui me surpasse.

Sur le pont de la gare, une femme. Le regard fuyant, elle me demande une pièce «  pour manger ». Je la lui tend et je me surprend à m'égarer dans le noir de ses yeux. Comme un air de déjà vu, comme une pièce qui tournoie sur elle-même. Le regard des gens perdus, le temps pourri qui perdurent. Qu'est ce qui leur fait tourner la tête, qu'est ce qui les rend si distant ? Comme un oiseau qui se laisse surprendre par le vent et se détache peu à peu, tombe. Il ne lui reste plus qu'un regard sombre, apeuré, immensément triste. Je détourne la tête, je ne veux pas revoir ces yeux. Je ne veux plus percevoir cette tristesse.

Mon remède à la mélancolie, l'amour qui me sourit. C'est un vague mystère ou des courbes sensuelles m'éblouissent, m'étourdissent. Je cherche du bout des doigts quelque chose de lui, de nous. C'est un élixir de bonheur. C'est la sève d'un arbre que l'on récolte pour raviver les couleurs d'un être qui se déteint.

Publié dans Les mots

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Dame Mauve-Ara 11/10/2012 09:29

merci de ton inscription dans ma communauté.
Je ferai un article dès mon retour de vacances le 18.10
Amicalement

Manu 11/10/2012 12:36



Bonjour et merci beaucoup! A bientôt :)



Ton chaminou rêveur de chat blanc 05/10/2012 19:08

Je savais que tu allais écrire sur le gazon... Après, la suite est plus triste mais je ne veux (on est vendredi soir, et je fatigue un peu donc...) retenir que cet amour que tu me portes ! Grrros
Bisou !

Manu 05/10/2012 19:35



Oh, comme c'est mignon! Merci mon chaminou, reposes toi bien :)