poesie du dehors

La boue s'est détachée des sillons de la forêt

Publié le par Manu

La boue s'est détachée des sillons de la forêt

J'ai rêvé résonnance, mes pas lourds sur les feuilles mortes, cette boue sous mes pieds. Cette terre d'où proviennent les rêves subordonnés des passants, des gens perdus dans ces feuilles. Je descendais la forêt, mes peines se mêlaient à la terre, creusait en sillons, je n'avais pas de doute en moi, juste l'envie de dévaler cette pente. Retrouver le bon chemin. Je croisais les arbres, les contemplais, plongeais dans les méandres des jours sans fin. Ils étaient si beaux, si frêles, si tranquilles. Je les contemplais comme j'aurai dû contempler ma vie, autrement grise. Autrement que l'eau qui tombe du ciel. Si froide. Le chemin traverse les haies de champignons et la vie reprend, là-bas au loin déjà, les fumées qui gondolent les toits oranges de la ville.

 

La boue était toujours collée à mes chaussures, comme faisant parti de moi. Elle ne voulait pas s'en aller, même en la fuyant, elle revenait sans cesse. Comme la lourdeur de mes pensées, entravées par de longs silences qui n'ont que faire des nuages grandissants. Ils sont pourtant là, au-delà de la cime des arbres.

 

Les fumerolles se dissiperont elles un jour ?

 

Pourquoi ne pas écrire sur les forêts ? Pourquoi sur la boue, cette chose qui colle à tout … Parce qu'elle emprisonne les pensées qui nous traversent. Elle nous aide à vivre les choses différemment, frontalement. Il n'y a rien de plus intéressant comme sujet d'écriture que la boue. Il y a de l'or sous cette matière étrangère.

 --

 Je rêve de lieux ou nul homme n’a marché,

Où nulle femme encore n’a souri ni pleuré,

Ainsi là avec Dieu, toujours, y demeurer,

Et rêver tel qu’enfant doucement j’ai rêvé,

Serein et calme, couché dans un songe éternel,

L’herbe en dessous –par-dessus, l’arche du ciel. "

POEME DE JOHN CLARE

Publié dans Poésie du dehors

Partager cet article
Repost0

Sous un tilleul qui sent bon le silence

Publié le par Manu

Sous un tilleul qui sent bon le silence

Sous le tilleul qui sent bon dans le silence de ce jour qui tombe. Un jour ou le monde s'était enfin arrêté. Parfums de saison, bleu, jaune, vert, parfum des airs. Dans les allées du temps, comme cette évidence, incommensurable avec la matière, les silences qui s'étreignent à présent. Il fait bon oublier qui l'on est, écouter le chant des âmes qui dorment.

Là, aux pieds du monde qui aspire et aspire encore nos mémoires, nos sombres hivers ensevelis sous la terre. Il y avait un homme ici, un vieil homme, qui jadis contemplait la terre et y lisait les ombres des arbres qui dansent. Il tournait, tournait comme cela, et ondulait dans les herbes hautes en chantant des poèmes imaginaires à des esquisses du temps. Les pierres aussi semblaient chanter parfois, au murmure du vent qui s'évanouissait dans leur immense callosité. Le vieil homme se souvenait, s'imprégnait des légendes d'autrefois et se transportait dans un monde jadis devenu immensément froid. Il n'y avait pas d'autres terres. Il n'y avait que des êtres immenses et décadents à la blancheur immaculée, au front froid et aux pieds d'ogres. Ces choses happées dans le silence des temps qui dansent divergeaient de plaines en plaines, d'immenses océans de glaces à perte de vue. Se peut-il qu'il y eut une seconde vie ici ?

Le vieil homme était scellé à la terre de cette manière. Il racontait le monde à sa façon, ce qu'il voyait ou pensait n'avait pas d''importance. Il disait se nourrir de l'univers, de la matière ; il disait que le monde des silences est bien plus profond lorsque le tilleul parfume nos rêves égrainés.

 

 

Picture: ceci n'est pas un tilleul, je n'en avais pas dans ma base de données ! 

Partager cet article
Repost0

Nuit calme

Publié le par Manu

Nuit calme

" Ce qui caractérise notre époque, c'est qu'elle est fadasse - fadasse comme la littérature. Il nous faut pénétrer dans un nouveau monde, afin d'y connaître une liberté de mouvement, une fraîcheur."

William Carlos Williams.

 

Notre époque 'fadasse' comme le disait William Carlos Williams, peut ressembler à un mail sans objet, à un plat sans goût, à une personne sans intérêt. J'ai l'impression qu'à force de chercher à mieux faire, à devenir la meilleure personne qui soit, on devient inintéressant, sans grande valeur.

L'autre jour, j'ai entendu quelqu'un dire " Il n'y a qu'un ciel sur Terre et nous vivons tous en dessous.". J'aime tellement cette citation. Je n'arrive pas à en connaître réellement le sens. Faut-il y voir quelque chose de mystique ? Est-ce pour nous signaler la fragilité de la Terre ? Quoi qu'il en soit, c'est de la pure poésie et je m'endors chaque nuit avec ces quelques mots en tête, sous un ciel étoilé, fardé d'aurores boréales.

Ce ciel

Nuit calme, vert émeraude,

Est toujours différent.

Il n'y a que ceux qui ne regardent pas,

Qui ne voient pas.

 

Publié dans Poésie du dehors

Partager cet article
Repost0

Nourrir le Monde

Publié le par Manu

Nourrir le Monde

Il y a quelques semaines, j'ai voulu changer radicalement de profession. Je m'en souviens … j'étais le dos au mur, je regardais en l'air, j'étais bloquée, mes pensées étaient en l'air. Tout paraît et disparaît. J'avais accroché toutes ces photographies au mur, j'avais épinglé des bouts de ma vie sur un tableau de liège et j'ai compris … j'ai compris que ce que je cherchais depuis tout ce temps était là, sous mes yeux, dans mes souvenirs aussi.

Travailler avec et pour la Nature. Travailler lentement mais sûrement, travailler autrement, apprendre de la terre, apprendre de ce qui nous entoure, apprendre de la vie. Parce qu'elle est partout cette vie, parce qu'elle est en nous, c'est une petite lueur.

Je me souviens de cette école qui dit «  Nourrir le monde d'intelligence ! ». Je trouvais çà un peu gros, il n'y a pas que l'intelligence qui nourrit ce monde, il y a le savoir être et savoir faire, il y a la façon de vivre la terre, de la faire vivre ou revivre, il y a ce cheminement, presque vital et quelque part un peu mystérieux à apprendre.

Apprendre. Lire. Écouter. Parler. Voir... Le jour, je pense à mon projet, la nuit, je pense aux plantes, à la terre. Je repense à ce que j'ai lu, je repense à mes souvenirs …

J'avais un grand-père jardinier et mes autres grands-parents avaient un petit jardin ou énormément de choses poussaient. Je me souviens surtout de la petite serre à côté des groseilles, du cerisier et de l'énorme tas de compost. Je me souviens des odeurs, de mes explorations dans le jardin des merveilles.

Alors aujourd'hui, je rêve de ce jardin aux merveilles. Des beaux légumes, des fleurs partout pour les pollinisateurs, des fruitiers comme barrières naturelles, de la reine des près, ma plante préférée, des produits de mon jardin pour tout le monde, pour nourrir le monde.

 

Le chemin est encore long jusqu'à ce rêve, il reste tout à faire, à créer, à apprendre surtout. J'ai tant à apprendre ...

Nourrir le Monde
Partager cet article
Repost0

1 2 3 > >>