Les contemplations

Publié le par Manu

Les contemplations

Il faut bien que je commence par quelque chose. Un truc à dire, pas vraiment intéressant peut être. Mais quelque chose. Tu sais, c'est comme quand le temps ne passe pas, qu'on attend … un truc, ce « quelque chose » dont on ne sait rien. A y réfléchir, j'aimerais autant que çà soit quelque chose de concret, pas de superflu tu vois. Quelque chose dans le genre « Pourquoi c'est comme cela ? » dans ce sens là … parler des choses qui viennent et qui s'oublient, les choses de la vie. Parler du fond de nos pensées, des plus abstraites, aux plus jolies ; des choses dont on a pas envie, qui nous guettent, nous trompent. Et puis après, s'étaler sur … du sur-mesure. Oublier ce pour quoi on écrit. Oublier la fraîcheur de la nuit, du noir qui fait peur, des vagues … Je commence à comprendre maintenant. Les chemins de traverses, les gens qui tirent la gueule, le bruit assourdissant de la télévision qui parle toute seule … qui parle de ces choses qui se passent. Toutes ces choses qui n'ont pas lieu d'être, qui nous envahissent, nous transpercent. Tu vois, je préfère tes dessins humoristiques, la pâle fragilité de ta voix qui me parle tout bas, tes conneries … Je préfère de loin ta présence à celle du feu qui ne prend pas. Je me suis lovée dans le beau poncho que tu m'a offert, celui qui gratte un peu. J'ai trouvé ce que je devais te dire. J'ai trouvé pourquoi je devais écrire.

 

D'abord, c'est l'histoire d'un grain de sable. Il va envahir l'océan, s'échapper, s'émerveiller. S'agrandir aussi. Il va devenir grand, énorme, immense. Il ne va rien piger de ce qui lui arrive. Il va s'étourdir, devenir fou, con. Consterné, l'océan va commencer à déprimer. Il aura beau tourner le problème dans tous les sens, rien ne luit sur l'océan, à part la lune, qui s'en fou royalement. Elle brille, c'est déjà çà. Et voilà que l'homme va vouloir y mettre son grain de sable. Il va vouloir l'utiliser, l'apprivoiser, le contrarier. L'immensité, la mondialisation, les frontières, à lui les grands voyages à travers le monde. Le petit grain de sable en aura parcouru des kilomètres.

 

Je ne sais pas ce que tu en pense, mais on devrait raconter l'écologie ou plutôt, notre planète, de cette manière aux enfants. Peut être que çà leur parlerait un peu plus … peut être que leurs parents comprendraient eux aussi … qu'ils voteraient pour les écolos, ou du moins pour ceux qui ne sont pas fachos … C'est peut être une fable aujourd'hui, ou alors tabou, je n'en sais rien. Je ne comprend rien au monde, rien aux gens. Ils sont si soudain, si étranges. Ils ne veulent rien changer. Surtout par leur mentalité. Ils ne veulent pas comprendre, pas même se retourner. Ils font ce qu'ils veulent. Parfois, ils me rappellent mon père. Mais mon père lui, est différent encore.

 

Et nous demain, toi et moi, de quoi allons-nous parler à nos enfants ? Qu'allons nous leur dire à propos du destin de ce petit grain de sable ? Tu pourrais peut être leur montrer les nombreuses photographies que tu aura prises lors de nos merveilleux voyages ; moi je leur montrerai les falaises de Vendée, tu sais, la plage aux surfeurs qui aura bientôt disparue. Je voudrais leur montrer ce que j'ai connu étant enfant, les fossiles ramassés sur la plage, l'odeur des pins le soir quand le vent remontait si soudainement. J'espère qu'il ne sera pas trop tard. J'espère que les gens vont se redresser, vont comprendre les enjeux. La COP21 est engagée, mais les principaux acteurs, le sont-ils ? Les gens s'en foutent disent-ils. Ils ont l'impression que tout tourne autour du chômage et de l'insécurité. Demain, si nos océans devaient disparaître, on s'en foutrait du chômage, des bombes balancées ( je n'en oublie pas les gens qui y sont restés ).

 

L'autre jour, tu m'a bien fais rire avec ton image de l'écolo qui cultive des betteraves. Du coup, en y repensant, je vois ce type qui aère sa terre et qui récolte de belles betteraves, jaunes, rouges, contemplatif. Peut être sommes-nous trop contemplatifs ?

 

Regarde, l'autre jour tu me ramène gentiment le ELLE du 27 novembre avec Mélanie Laurent en couverture. Je pense y trouver des bonnes idées vertes, au lieu de cela je me retrouve avec un magazine publicitaire. J'ai l'impression qu'on prend les gens pour des cons en leur proposant ce genre de lecture : une page pub, une page lecture, deux pages pubs, un encart lecture … et des photos, que de photos ! Heureusement que Mélanie Laurent se dénude, sinon çà ne serait pas intéressant, çà ne serait pas « vendeur » ! Tu me trouve excessive. Je te répond que non, je ne vois pas ce que çà apporte de la mettre à poils sous une couverture en laine … est-ce que moi je fais çà à la maison ?

 

L'image, toujours l'image. J'ai l'impression qu'on est plutôt contemplatif de soi-même, non ?

 

→ C'est mon chat qui m'a dit d'écrire tout çà.

 

Photo: Kate Ballis, Pink Cargo

Publié dans Et pendant ce temps...

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Aurélien 10/12/2015 13:51

Les champs verts et les forêts seront remplacés par des plaines désertiques, alors on cherchera des solutions, on voudra engager des ingénieurs agronomes ou je ne sais quoi... Mais non, parce qu'il faudrait des bac + je ne sais combien et personne ne fera vraiment les choses, personne ne voudra prendre un jeune qui n'a peut-être pas le cursus, l'expérience parfaite mais qui a des idées, comme ces politiques qui se réunissent, se font des accords à tenir au environ de 2025, 2050, toujours plus tard quoi ! Mais le problème, c'est que la terre, elle, n'attend pas... Sinon <3

Manu 10/12/2015 15:47

Merci Aurélien pour ce commentaire très intéressant. Il est vrai que, de nos jours, on cherche plus des BAC +60 que des gens qui cherchent à réellement s'impliquer dans leur métier. Tout serait mieux si c'était juste une histoire de "feeling" pendant les entretiens ... regarde, mon dernier emploi, c'était du feeling. C'était pas par rapport à mon cursus ! Mais malheureusement, pour l'environnement, c'est pas du "feeling", c'est pas du au pif, on ne peut pas faire ce genre de chose avec l'écologie. Et je pense que c'est peut être pour cela que certaines personnes restent sur le banc !