Noir et Blanc

Publié le par Manu

 

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Le vent léger balaye les cendres d'une cigarette. Je tourne à droite, je tourbillonne puis je prends tout droit et je suis là, suspendue au temps, suspendue à ces hauteurs de verre et d'aciers. La haut, les oiseaux dansent dans le ciel et les nuages s'éclipsent l'un après l'autre, comme tous ces gens. Il est très tôt mais déjà, la ville s'éveille. Le bruit des pas, le claquement des talons sur l'asphalte, le froissement des vêtements, dans la précipitation. Ils ne volent pas, ils courent pour arriver à l'heure, avant que le soleil ne se lève. Les regards se croisent, furtifs, insensibles, ils s'arrêtent sur une couleur, le rouge. Des lèvres pourpres, dans leur imaginaire, c'est un feu de joie, un rouge profond et enivrant.

Le temps va s'arrêter, le temps va se dissiper peut être. Au hasard d'une rue, des ombres se dessinent, se cambrent dans un recoin. Des ombres qui se cherchent et s'étreignent. Le cliquetis du briquet et la flamme qui s'agite, suspendue comme un fil léger et fébrile. L'ombre avance, dans une ville en noir et blanc. Les effluves de cigarettes se délayent en silence, se croisent avec d'autres, s'entremêlent comme dans un cérémonial. Des effluves blanches, limpides qui disparaissent aussi vite qu'elles sont arrivées.

Les ruelles sont étroites, longues et silencieuse. Parfois, on pourrait entendre la vie derrière les murs, des chuchotements croissants, des odeurs délicieuses du petit matin. La vie s'étend bien au delà de ces rues, de ces buildings à la croisée des mondes, la vie, dessinée ici comme les rainures d'une feuille au Printemps. Le soleil solitaire s'esquisse derrière une porte. Il libère ses puissants rayons, transperce nos cœurs froids, nos cœurs alanguis de l'hiver qui s'éternise.

Sur la place, les yeux se cachent derrière des verres sombres. Des verres de liquide transparent, léger et inodore, des verres incandescent, des verres brouillard et des nuages de lait. Chacun transgresse, se laisse bercer par cette chaleur enivrante, ce doux bonheur qui illumine le verre d'un caramel doré. Le vent s'en mêle et laisse s'envoler ces quelques bribes de vies, ces quelques cendres sous nos pieds.

 

 

 

J'étais devant une photographie en noir et blanc montrant Chicago sous la neige et j'étais subjugué par cette affreuse beauté en perspective. Tout semblait morne, il n'y avait pas un humain, pas une vie derrière les multiples fenêtres des buildings de verre et d'acier. Une cité de verre sous le blanc manteau de la neige, sous la grisaille et le brouillard. Il y a quelque chose de fuyant dans cette photographie, quelque chose de mystérieux et d'informe. La ville est froide, sans intérêt et pourtant je ne peux m'empêcher de la contempler. Une beauté froide sans doute; quand elle nous frôle, elle nous émeut, nous passionne. Je voudrais y être pour sentir cette atmosphère, me mettre à la place de la photographe et regarder, attendre l'instant propice à ce noir et blanc. Une esquisse de la vie, d'une ville éteinte au petit jour. Je regardais cette photo et je pensais à l'indéfinissable moment d'inconscience, la crise de l'absentéisme dans l'écriture, presque la mort dans l'âme.

 

Je pensais à l'écriture, au rêve d'une vie passée à écrire, passionnée.

 

 

 

 

 

Photo: de sublimes photos en perspectives et pas que ... à voir absolument ici

 

 

 

Publié dans Les mots

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Ton Chaminou 14/03/2013 21:12

Ton texte m'évoque New York et ce genre de ville...

Manu 15/03/2013 10:30



Ah vraiment ?!