Les lieux, histoires et souvenirs …

Publié le par Manu

Partie 3

 

 

 

Ma grand mère était partie depuis quelques mois. Ce fut un grand vide dans ma famille, pour mon père aussi. C'est la première fois que je l'ai vu pleurer, je n'avais jamais vu mon père aussi abattu. C'est arrivé quand nous étions encore en Vendée. Je ne comprenais pas vraiment, je sentais que quelque chose n'allait pas mais je ne me souviens pas avoir ressenti quoi que se soit lorsqu'on m'annonça que Mémé était partie. Ce ne fut qu'après, le jour des parapluies noirs, que le sentiment d'avoir perdu pour toujours un être aimé s'étouffa. Je n'ai pas assez connu ma grand mère et de ce fait, tout comme mon grand père, je la cherche toujours aujourd'hui. J'aurais aimé lui parler plus longuement de l'école, des voyages, d'elle, de nous …


Mon grand-père se retrouva seul dans la grande maison qu'il n'habitait plus qu'avec un chaton qu'il avait adopté. Seul parmi tous ces meubles, ces souvenirs qu'on enfouis pas comme çà. Je me souviens d'un rêve où je voyais un vieillard seul au milieu d'un tas de vieux papiers, de livres, de la poussière aussi. Ce devait être mon grand-père peut être. Celui là même que j'allais voir de temps à autres à la maison de retraite, non loin de la maison, un paquet d'oursons en chocolat à la main. Papa me disait que mon grand-père était un gourmand. Il adorait le chocolat, les pâtes de fruits … et nous ne venions jamais les mains vides. Nous le retrouvions souvent au salon avec d'autres personnes âgées, il regardait quelques fois l'horloge sur sa gauche et nous racontait quelques histoires de son histoire. La fois où il fut capturé en Pologne, mit en prison puis relâché. La guerre, par tous les chemins, dans toutes les langues. Parfois il parlait en allemand et puis nous demandait ensuite qui l'on était. Alors je regardais mon père ( ma maman ne venait que très rarement avec nous) et je voyais dans ses yeux beaucoup de tristesse, beaucoup d'angoisse aussi. Je sentais que quelque chose disparaissait, petit à petit. Et petit à petit, la flamme dans les yeux de mon grand-père s'est éteinte. C'était dans un hôpital à quelques kilomètres de la maison. Ce jour là, il faisait beau. Quelques jours auparavant, nous étions venus avec mon père et l'avions trouvé près de la fenêtre. Il nous souriait et nous scrutait sans vraiment nous reconnaître. Il mangeait soigneusement ses petits oursons en chocolat. Mon père m'a laissé sa place pour que je lui parle et je lui ai pris les mains. Je ne savais plus quoi lui dire, je lui souriais et pensais très fort à lui. Ce que je ressentis sur l'instant est difficile à expliquer. C'était quelque chose proche du bonheur, de l'apaisement et puis de la tristesse, la possibilité de le perdre m'effrayait. Tout à coup, je compris combien mon grand-père était important à mes yeux, que je ne l'avais pas connu assez longtemps, qu'il allait partir et qu'en franchissant cette porte, je ne le reverrais peut être plus de son vivant. L'image d'après qui me reviens, c'est le téléphone qui résonne après vingt et une heure.


Nous étions dans les Vosges à cette époque. Nous regardions Chouchou à la télévision et je crois que ce film m'ennuyait. Puis le téléphone, mon père qui se lève et ne dit mot. Il s'en est suivi un grand blanc, mon père s'est rassit dans son canapé et nous a dit que grand-père était parti, que c'était fini. Oui, c'était fini, une partie de mon enfance s'était enfuie, à tout jamais. Je couru alors dans ma chambre, des larmes me coulait sur le visage et je ne pouvais m'empêcher de haïr ces moments. Au dessus de mon bureau se trouvait un tableau de mon grand-père qui représentait le parc de notre village. Je le scrutais, attendant d'y voir apparaître une quelconque ombre, d'entendre parler ce tableau peut être. Mais rien, rien que du silence et quelques suffocations. Mes parents sont venus me parler, eux aussi abattus par la nouvelle. Mon petit frère dormait alors dans la chambre d'à côté, paisiblement.

 

Quelques jours après, il fallait remonter. Nous retrouvions notre famille, ma sœur, mon grand-frère aussi. Dans la maison de mes grands-parents, le silence était pesant et personne ne voulait vraiment parler. Il y avait là tous les souvenirs de la famille qui allaient bientôt disparaître, des tas de livres brûlés dans le jardin, des meubles qui se retrouverons dans d'autres mains, dans d'autres maisons. Je découvrais à présent le monde triste de l'héritage, celui dans lequel certains ne veulent rien et d'autres, qui ne sont pas de la famille, veulent tout prendre. Le petit jardin n'était plus vraiment un jardin. Tout se mourait, les fleurs fanaient. Il n'y avait plus aucun fruit rougeoyant dans les arbustes, plus rien. Juste un peu de cendre, de la poussière partout, le piano et l'orgue de mon grand père. Un piano que j'ai retrouvé chez ma tante et sur lequel je laissais glisser quelques fois mes doigts. Entendre encore le son fluet des accords imparfaits.

 

La perte d'un être cher est quelque chose que tout le monde connaît; chacun réagit différemment à cette perte. J'étais seule à vouloir voir mon grand-père pour une dernière fois avec ma grande sœur. La mise en bière, un mot qui ne parle pas forcément à tout le monde. C'est un moment tragique où tout s'effondre et où rien ne sert de lutter. La mort est là, même si on en veut pas. Il n'y avait pas grand monde. Le temps était gris, le vent était frais. Pourquoi étais-je aussi près de mon grand-père à ce moment, je ne saurais dire. Tous les autres étaient regroupés au fond de la pièce et j'étais planté là, devant le cercueil encore ouvert. Puis il fut recouvert. J'ai couru, là encore, dehors. Je pleurais tout le reste de mes larmes, ce fut un choc pour moi. Une perte irremplaçable et cette image qui me revient encore et toujours de cette plaque de bois dont on recouvre le corps de mon vénérable grand-père. Je comprenais alors pourquoi mes parents ne voulaient pas venir, je comprenais alors le sens de la mort, la fragilité de la vie.

 

Devenir adulte sans mes grands-parents ne fut pas évident. Je les cherchais et les cherche encore sans cesse. Je m'attachais à leur mémoire, à ce qu'il me reste de plus important, leurs souvenirs. Il me fallait sans cesse recourir à l'écriture pour penser la perte de mes grand-parents et éterniser leur souvenir. Parfois, la nuit venue, je leur parlais. Je leur racontais ma journée, mes problèmes à l'école, mes incertitudes sur ma vie d'après. Et la Religion dans tout çà ? Pas vraiment de croyances, pas vraiment de Dieu qui se souvienne de ma tristesse certaines nuits. Quand je pleurais au fond de mon lit, je ne voyais pas un Dieu, j'essayais de repenser aux visages de mes grands-parents, à cette photo de moi tout petite entre mon grand-père et ma grand-mère dans le canapé de leur salon. Je suçais mon pouce, calmement. Je m'endormais, je rêvais de les revoir.

 

Mes parents ont fait construire une maison dans le village natal. Une maison que j'aime tout particulièrement parce que c'est un havre de paix. Papa y a fait planter de nombreux arbustes qui sont aujourd'hui, une dizaines d'années après, devenus de grands et beaux arbres. J'étais à quelques mètres de chez mes cousines que je ne voyais que très rarement, la famille ne se parlant plus vraiment. J'étais aussi à deux kilomètres de la ferme de ma meilleure amie. J'y allais souvent à vélo, j'adorais çà, surtout redescendre la pente à grande vitesse ! Quand je n'allais pas rendre visite à mon amie, je partais me promener au Parc, sous les marronniers, derrière les pommiers, au pied d'un arbre. Je rêvassais, je parlais aux écureuils, je chantonnais et je passais au-dessus des barrières. J'allais alors jusqu'à la fontaine un peu plus haut, me rafraîchir et penser aux chemins qu'auraient pu prendre mes grands-parents.

Au-delà de la maison, du Parc, il y a la frontière Belge à quelques kilomètres de là. Quand j'étais gamine, mes parents nous emmenaient dans un café familial à la frontière. Nous buvions un jus d'orange et parfois restions un peu plus tard manger quelques frites. Nous repartions généralement avec une boîte de pralines belges, des bonbons pour la route, de la cassonade, de la bière pour mes parents. Mes plus beaux souvenirs en Belgique sont des moments passés à écumer les brocantes dans tout le pays ou presque. Nous partions les week-ends, très tôt le matin, avec mon père et mon grand-frère pour ramener quelques bandes dessinées. J'adorais voir le jour se lever doucement dans la voiture. Quand nous rentrions, nous passions généralement par une boulangerie pour prendre un gâteau le dimanche. J'étais encore à l'école, j'étais heureuse de ces moments, le temps, je n'y pensais pas.

 

J'allais au collège puis au lycée en bus. Au collège, j'étais bien. J'avais beaucoup plus d'amis et j'étais dans la même classe qu'un ami qui me demandait toujours l'heure. Je suis parti pour la première fois loin de chez mes parents pour une classe découverte en Allemagne. Avec trois amies, nous étions logées chez des gens très sympathiques qui ne parlaient pas un mot de français, qui regardaient Qui veut gagner des millions à l'allemande et qui nous faisait des sandwichs au nutella et au salami. Le mélange des deux est assez surprenant ! Nous avons découvert de beaux paysages, le Rhin et le rocher de la Loreleï pour ne citer qu'eux. Un château digne des plus beaux contes de fées dans lequel nous avons couru comme des fous ! J'ai aussi fumé ma première cigarette lors de ce voyage. En Allemagne, à l'époque, on pouvait trouver des distributeurs de cigarettes à tous les coins de rues et mes amies étaient toutes fumeuses. Mais çà ne m'intéressait pas, je n'en aimais pas le goût. Au lycée, j'étais toujours avec mes amis et j'avais des professeurs discutables. Avec des copines, nous avons fait l'école buissonnière quelques jours: un matin, au lieu de rentrer au lycée, nous sommes parties avec nos sac à dos dans les villages attenants. C'était très joyeux, il faisait beau et nous marchions sans vraiment savoir où nous allions. Puis la fin de la journée et le bus pour aller chez une de mes copines qui nous logeait dans son camping car. Le soir, nous avons fait griller des pommes de terre et nous avons papauté jusqu'au petit matin. C'était bien, c'était il y a longtemps.

 

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En forêt, vers l'abbaye de Bonneval

Publié le par Manu

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Un weekend de Pâques plutôt sportif nous a amené à prendre des petits chemins dans la forêt de Darney, juste après le village de Relanges qui se trouve dans les Vosges ( pour ceux qui ne savent pas encore d'où je suis !). C'est un endroit qu'on ne connaissait pas du tout et j'avais déjà repéré cette balade parce qu'il y a un intérêt culturel : une abbaye, enfin des ruines d'une ancienne abbaye au beau milieu de la forêt.

 

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Bravant le froid et la grisaille, nous sommes partis découvrir ce chemin qui nous a d'abord amené devant la pierre des 12 apôtres. Il s'agit d'une roche de grès sculptée par un artisan du coin ( ou un berger, où les deux ) et qui date de la fin du 18ème siècle. Ce bas relief représente la vie du Christ, de sa naissance à sa crucifixion et c'est assez plaisant à voir. Les détails sont très bien sculptés et il faut savoir que cette pierre a faillit disparaître de cette forêt. Un touriste russe qui était en cure non loin de là, au début du 19ème, a voulu acheter cette pierre mais il n'a pas donné signe de vie à la fin de sa cure si bien que la pierre est restée au même endroit depuis tout ce temps.

 

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Nous poursuivons notre chemin dans la forêt au beau milieu d'une formation rocheuse impressionnante: beaucoup de blocs de roches sont comme parsemés dans cette belle forêt et je ne résiste pas à l'envie de prendre quelques photos de ces vestiges. Il paraîtrait qu'à cet endroit, au 19ème, tout ceci n'était que pâturages ... j'ai du mal à y croire tant cette forêt est vaste!

 

 

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Un peu plus loin, au moment où je commençais à perdre patience, les ruines de l'abbaye de Bonneval, l'ancien prieuré Augustin est apparu derrière les sapins. C'est un endroit assez exceptionnel je dois dire ... se retrouver là, dans le coeur d'une abbaye du 12 ème siècle, ce n'est pas rien ! Il y aurait eu un camp celtique un peu plus loin de l'abbaye, mais là, rien ne nous indique l'endroit où il aurait pu être.

 

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Nous prenons le temps avec Aurélien pour faire quelques photographies. A côté de l'abbaye se trouve la chapelle Notre Dame des Neiges, datant de 1860. Elle n'a rien de très intéressant, l'intérieur est partiellement détruit.

 

Pour la suite du chemin, disons que nous nous sommes un peu perdus. Nous n'avions pas de plan et le balisage était quasi inexistant. Nous avons tout de même rencontré trois jeunes cerfs, où ce qui nous a semblé l'être et c'était franchement beau à voir ... après çà, retour par le même chemin.

 

Demain, Nancy pour un vide grenier dans la vieille ville s'il ne fait pas trop moche !

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Les lieux, histoires et souvenirs …

Publié le par Manu

Partie 2

 

 

 

A cette même époque, mes parents, mon petit frère qui était encore tout bébé et moi-même, vivions en Vendée. Le jour où je su que j'allais avoir un petit frère, ma maman et moi étions parties en ville. En rentrant, ma mère se courba au dessus de moi et me dit doucement «  Tu vas avoir un petit frère Emmanuelle ! ».

A l'école, j'avais quelques amis mais j'étais assez solitaire. Je me souviens avoir eu une amie qui se prénommait Céline et qui s'est petit à petit éclipsé de ma mémoire; Claire aussi, la fille d'un docteur qui s'était cassé le bras dans sont toboggan, chez qui j'avais goûter mes premières pommes noisettes, avec qui j'étais partie en classe de mer. Étrangement, j'ai très peu de souvenirs de cette classe de mer. Je me souviens avoir récolté pleins de cadeaux grâce à une chasse au trésor, qu'on dormait sur des lits superposés et qu'on nous avait prit en photo sur ces mêmes lits en pyjama pour les présenter par la suite à nos parents, sans doute ravis de nous découvrir en pyjama sur des photos floues !

J'ai encore sur moi la cicatrice d'un poignet passé à travers une fenêtre. Je ne saurais jamais pourquoi j'ai fais çà, ni personne d'ailleurs. J'avais le bras ensanglanté et tout un pansement blanc devenu rouge vif autour du poignet. Mes parents se faisaient du souci pour moi. Ma sœur était partie je ne sais où et j'avais une amie qui m'emmenait souvent chez elle. Sa mère nous faisait des beignets aux pommes succulents et quand je revenais, je sentais la friture. J'ai aussi disparue quelques heures alors que mes parents me cherchaient. Je devais aller au cirque, une représentation avait lieu en ville mais quand je suis arrivé à la caisse, une dame m'a dit que je n'avais pas assez d'argent sur moi. Mes parents étaient partis en balade, j'étais donc seule. Je suis rentré dans la cour de la maison mais la porte était fermée. Il y avait bien la fenêtre de la chambre de mon frère qui était ouverte mais elle était en hauteur et mon frère ne m'entendait pas quand je criais. La faute à Tina Turner. Mes parents m'ont retrouvé chez la mère d'un ami. Je les avais rencontré près de la boulangerie, devant les toilettes publics et cette dame avait eu peur pour moi. Je me souviens encore de la colère de mes parents ce soir là.

Je n'aimais pas vraiment cette ville grise, je ne l'ai sans doute jamais aimé. J'en ai des souvenirs étranges, périlleux. Alors, quand mes parents l'ont quitté pour une autre ville à quelques kilomètres de là, j'étais contente.

 

Nous habitions sur la place de l'église. J'avais l'impression de participer à chaque cérémonie, chaque messe dès que les cloches raisonnaient. Cette nouvelle maison était grande et elle avait un escalier que j'aimais descendre en glissant sur la rampe. Dehors, le jardin était vaste et mon petit frère était assez grand pour que je puisse lui apprendre à faire du foot ! Il y avait des palmiers dans lesquels se cachaient des lézards. Deux cerisiers offraient de belles cerises en saison et des roses parfumaient le jardin. Une de mes plus grandes tristesses dans ce jardin, c'est quand mon père à choisi de faire couper le mimosa. Il était grand et beau, il sentait bon le soleil mais faisait de l'ombre à la maison. Les chats aimaient y grimper, faire leurs griffes... quand ils n'étaient pas dans le bureau de mon père, dans un carton à dormir toute la journée. Mon chat blanc avait un jour attrapé un petit oiseau dans ce jardin. J'ai voulu le garder pour le soigner. Malheureusement, l'oiseau n'a jamais pu revoler et ce fut un moment très pénible.

 

Ma nouvelle école était assez grande et aussi privée. J'ai eu ma première paire de lunettes au CP, des grosses lunettes roses et violettes avec un cordon rouge surmonté d'un coquillage pour ne pas les perdre dans la cour de l'école. Dans la classe, j'étais assise à côté de deux tortues miniatures dont il fallait s'occuper à tour de rôle. Je me souviens aussi d'une autre classe avec une autre maîtresse très poussée sur les choses du catholicisme. C'était la semaine du goût: je devais éplucher un coing pour le préparer à la dégustation de mes camarades et mon couteau à glissé. J'ai eu le malheur de laisser échapper un gros mot et j'ai été punie sur le champ.

La cour de l'école était assez grande pour jouer aux billes, une de mes grandes passions à l'époque. J'avais un très bon niveau et j'arrivais à récolter de jolies billes qui trônaient sur les étagères de ma chambre, devant mes barbies. Je jouais surtout avec des garçons: il y avait Bertrand, le fils du médecin qui est devenu marin, il y avait le rouquin qui était le maître des billes, le fan de Mylène Farmer qui chantait tout le temps et qui m'a sans doute donné le virus, Andy, le beau petit blond qui s'était cassé une dent à la piscine. Ma dernière classe dans cette école fut avec Monsieur T. J'aimais beaucoup mon professeur, il était très marrant et nous apprenait beaucoup de choses. Il nous passait souvent aussi des rediffusions de C'est pas sorcier, ou encore Va savoir, des émissions qui marchaient beaucoup à l'époque. J'ai appris comment le cœur battait, comment les animaux naissaient … Monsieur T aimait bien nous proposer des jeux, comme le ping pong ( je n'ai toujours pas récupéré ma raquette d'ailleurs ), de faire du dessin, des objets qui ne serviraient à rien mais que l'on offrait tout de même à nos parents. C'est dans cette classe que j'ai préparé ma plus belle boule de Noël: c'était une boule en polystyrène, piquée par des aiguilles à coudre dans lesquelles ont avait enfilé des perles de toutes les couleurs. C'était très beau mais j'ai eu la mauvaise idée un jour de vouloir récupérer toutes les perles. Comme cette école était privée, nous avions également droit à des cours de catéchisme que je redoutais fortement. Je m'y ennuyais souvent et toutes ces histoires de religion ne m'intéressaient pas. Et puis Monsieur T finissait souvent par une chanson parmi lesquelles celle sur sœur Emmanuelle que je connais toujours par cœur d'ailleurs.

J'ai du quitter cette classe avant la fin de l'année pour cause de déménagement. Mes parents souhaitaient se rapprocher de notre famille, dans le Nord.


Retrouver le Nord, c'était comme retrouver ma boussole. Je ne l'avais ni perdu, ni oublié, mais il me manquait. Ma famille me manquait. Nous nous sommes installés dans un logement avec de grandes pièces, de hauts plafonds, de grandes baies vitrées d'où je pouvais contempler le spectacle de la rue. De ma chambre, j'avais vue sur le café d'en face et il arrivait que des hommes un peu trop éméchés se tapent dessus, sur la route. Derrière ma vitre, dans la pénombre, j'assistais à ce qui se cache la nuit venue.

Le logement était vieux, les escaliers craquaient sous notre poids et le parquet menaçait de s'effondrer à tout moment. Parfois, quand je m'ennuyais, je jouais aux fléchettes dans le grenier attenant à la chambre de ma sœur. Mon grand frère me rejoignait et visait toujours très bien. Mon chat blanc nous regardait en s'endormant sur l'un des cartons qui pourrissait dans cette pièce sombre, aux vieux papiers peints chiffonnés. C'était l'époque du collège et j'avais l'impression que tout cela était trop grand pour moi. La ville, ses habitants, les magasins, le collège qui faisait également lycée. La cour était immense et je me souviens m'être souvent ennuyée à la pause. Parfois, j'allais chercher un petit pain au chocolat tout chaud à la maison des étudiants. Je me faisais bousculer par les grands. Je n'avais pas beaucoup d'amis et je n'en ai pas eu non plus parmi les professeurs. Ce fut sans doute les deux années les plus douloureuses de ma scolarité. Deux années aussi pendant lesquelles je me suis faite arracher quelques dents pour placer un appareil dentaire qui ressemblait plutôt à un casque de cosmonaute. Aujourd'hui, j'ai les dents un peu avancées, je n'ai pas voulu continuer mes soins.

 

 

 


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Les lieux, histoires et souvenirs …

Publié le par Manu

Partie 1

 

 

 

Pendant que mes parents prenaient le thé avec mes grands-parents dans la maison paternelle, je jouais avec ma cousine. Ma grand-mère nous avait déniché des petits caddies blanc et rose et nous nous amusions à courir partout avec, à faire nos courses comme les grands. Je passais d'abord par le salon: il y avait le meuble aux trésors, celui dans lequel mes grands parents cachaient nos cadeaux de Noël et autres, un autre meuble remplis de bouquins en tout genre, beaucoup de livres sur l'Histoire, la Grande Guerre, l'archéologie aussi. Peut être était-ce pour cela que je voulais être archéologue à une époque. Devant ces armoires se tenait un grand fauteuil vert sombre avec de grandes fleurs brodées … tout le monde se retrouvait sur ce fauteuil pour papoter, regarder la télévision. Les adultes nous demandaient souvent de rester sur ce fauteuil pendant qu'ils discutaient de je ne sais quoi. C'est comme cela qu'un jour, un de mes oncle a ramené une cassette enregistrée d'un film avec des chevaliers. Je me souviens d'une scène ou l'on voit le chevalier, cape noire, étalon noir, dans une forêt sombre, dans la brume …il émanait de ce film une certaine ambiance, presque oppressante. J'aimerais retrouver ce film, le regarder à nouveau dans ce canapé douillet.

Ma grand mère avait une belle vaisselle, de beaux ornements sur ses meubles. Il y avait là une bonbonnière en verre, blanche et rose avec des fleurs dans laquelle elle déposait certains de ses bijoux.

Quand nous revenions dans le Nord, ma grand-mère nous préparait souvent de bons petits plats qu'elle servait dans des assiettes colorées. Des assiettes en Arcopal rondes, transparentes au milieu et colorées sur le pourtour en orange, vert, jaune ...il y avait les bols qui allaient avec dans lesquels elle aimait nous servir une bonne soupe à la tomate, à la courgette.

 

Dans la salle à manger où tout le monde se retrouvait, il y avait à l'entrée un grand pilonne en bois sculpté que mes parents ont gardé à ma demande. Ma grand-mère y déposait sa machine à coudre ou bien encore une plante. Au dessus du radiateur, face au grand meuble de la salle à manger se trouvait une pendule mécanique blanche ou bien brune, je ne sais plus laquelle était-ce. Il y en avait deux dans la maison et j'aimais entendre leur son à chaque changement d'heure, le petit tic tac à chaque moment. A côté de cette pendule, un tableau, celui du poisson rouge de mon papa. Mon grand-père l'avait admirablement bien représenté … je me demande où est ce tableau aujourd'hui. Ma grand-mère aimait cacher des gourmandises sucrées ou salées dans le placard emmuré à côté du tableau. Un placard en pin clair, une couleur dont je me souviens assez bien puisque la lumière venait souvent colorer cette cachette d'un doré sublime. De là sortaient nombres de sucreries, des petits biscuits feuilletés au fromage pour les grandes occasions. Une recette bien gardée. Dans cette pièce, il y avait un coin dont j'ai du mal à me souvenir, un coin où traînaitent sans doute quelques plantes ou des livres … il y avait eu une infiltration d'eau et puis à côté, un grand meuble ou se cachaient toujours des petites araignées que j'allais chercher sous le meuble.

 

La cuisine était un lieu à part. Je pense qu'elle était très petite pour une telle maison avec autant de monde à nourrir. Il y avait le coin placards et la gazinière sur le côté, une grande fenêtre qui donnait sur le jardin, la porte de la cave où il m'était interdit de descendre et la petite radio rose de ma grand-mère qu'elle écoutait en faisant la cuisine. Il faisait frais dans cette cuisine, les fenêtres à l'époque étaient fines.

A côté de la cuisine, j'entendais mon grand-père qui se rasait dans le petit cabinet rose attenant. Il avait de la crème sur tout le visage ou presque et me regardait passer avec de grands yeux. Je me souviens de ce rose … sans doute une couleur à la mode de l'époque, il y en avait partout, dans les toilettes, la salle de bains. Après ce petit cabinet, je pouvais passer sous le rideau de fils colorés comme on en fait plus aujourd'hui. Il s'agissait sans doute d'une matière plastique qui claquait un peu sous notre passage. J'aimais ces couleurs de l'arc en ciel. La machine à laver était là, la salle de bains un peu plus loin. Rose, elle aussi évidement et qui sentait bon le savon ancien, les fleurs parfois.

Après, il fallait retourner de l'autre côté de la maison pour voir mon grand père travailler dans sa remise. Il y avait pleins d'outils partout, des bouteilles d'eau minérale Saint Amand, du charbon aussi qui salissait toute la remise. Il y avait des toiles d'araignées et une odeur de toilettes … Les toilettes se trouvaient presque en dehors de la maison, dans une sorte de véranda avant d'aller au jardin. Il y faisait froid et il ne fallait mieux pas y traîner. Je me souviens aussi qu'à une époque, j'avais du mal à monter sur les toilettes, j'étais sans doute un peu trop petite. Derrière, dans le jardin, il y avait quelques plants de tomates, des salades, un cerisiers, beaucoup d'herbes, des petits arbustes au fond sur lesquels poussaient des groseilles ou des framboises avec lesquelles ma grand-mère nous préparaient des tartes sublimes.

Pour trouver les chambres, il fallait retourner dans la maison et passer par le petit escalier très étroit, en face de l'armoire à chaussures de petites tailles de ma grand-mère. L'escalier donnait sur la chambre de mes grands- parents que je n'ai connu qu'après leur disparition. Toutes les pièces de l'étage étant sous les combles, elles étaient assez petites. En face de la chambre de mes grands-parents, le bureau de mon grand-père avec son piano, son orgue sur lesquels j'aimais le retrouvais jouer. Je me souviens de ses pieds frôlant les pédales de l'orgue … c'était magique de voir un tel fonctionnement. A côté, une pièce qui servait également de chambre avec le matelas que j'ai récupéré à mon adolescence. Un matelas sur lequel on a l'impression de flotter, en laine mais si confortable qu'on a pas envie de se lever. Derrière, la chambre ou mes parents dormaient quand nous revenions chez mes grands-parents. Il y avait une fenêtre qui donnait sur le champ voisin avec un coq qui se baladait et nous réveillait au petit matin. Enfin, une petite chambre, aux murs jaunes pâle. Il y avait un lit d'enfant, à barreaux blanc, le mien je pense. Et la lumière qui venait réchauffer cette pièce.

J'ai de très bons souvenirs de cette maison parce que je la découvrais et la redécouvrais sans cesse à chacune de mes venues. J'aurais voulu y habiter avec mes grands-parents, me lever dès l'aube au chant du coq, avec la certitude de boire le lait frais de la ferme voisine, un bon beurre au goût différent, unique comme cette maison. La lumière y est toujours.

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